Des experts du monde entier sont réunis cette semaine à Paris pour discuter du déglinguement accéléré du climat de la planète et vont lancer vendredi un palpitant cri d’alarme. Le monde entier, des rizières chinoises au sables du Sahara et aux montagnes suisses, s’interroge sur les facéties à venir en matière de pression atmosphérique. Même le président Bush constate que le climat se réchauffe. En France, tous les candidats ou presque admettent avec Nicolas Hulot que l’écologie est un souci primordial.
Est-ce à dire que, politiquement, ces prise de conscience tardives vont changer quelque chose? Non, bien sûr. L’urgence écologique dépasse de loin les capacités des préposés à la chose politique. Pour se faire une idée du blocage, il suffit de couler un regard du côté de l’UE, grande paralytique s’il en est.
La Commission vient de prendre ces derniers jours des décisions radicales pour notre société: interdiction continentale d’utiliser les peaux de chats et de chiens dans l’industrie, mise à l’étude d’une directive prônant l’interdiction de fumer dans les bâtiments collectifs de l’UE. Quelle clairvoyance! Voilà qui va ramener vers Bruxelles des citoyens de plus en plus convaincus que la barre du navire européen est entre les mains d’irresponsables incompétents.
Pour conserver la planète dans l’état où elle se trouve actuellement, il faudrait beaucoup plus que contrôler les émanations de CO2, réduire le gaspillage, limiter la consommation énergétique, etc. Il faudrait en réalité renverser le cours de l’histoire en cessant de réclamer électoralement une croissance infinie pour au contraire prôner une croissance zéro, puis une décroissance réfléchie qui ne nous ramènerait pas à la civilisation des cavernes, mais qui ferait la part des choses.
En construisant des habitations conçues non pour faire fructifier la rente foncière ou les intérêts bancaires mais pour loger les gens. En fabriquant des vêtements visant à protéger du froid, pas à parader. En offrant au consommateur affamé une palette raisonnable d’aliments de base répondant au souci premier de l’existence: se nourrir.
Bref, en révolutionnant encore beaucoup plus profondément notre manière de vivre que ne l’ont fait les sans-culottes ou les bolcheviques. Soit le genre d’utopie qui, ici et maintenant, n’a strictement aucune chance de séduire.
Reste alors à se résigner? A voir le niveau du débat politique, c’est vraisemblablement la seule solution possible.
Les grands pollueurs sont non seulement des industries, mais aussi des collectivités humaines, par exemple ces mégalopoles qui surgissent partout dans le monde, se nourrissant des poubelles du développement et de la croissance. Il n’est pas plus facile de contrôler Lagos ou Mexico que de freiner les grandes sociétés transnationales.
Dès que l’on touche aux engrenages qui, dès la première mondialisation d’après 1500, ont fait les riches heures du capitalisme, on tombe sur des résistances infranchissables. Songez que, dès que les Européens voguèrent sur les océans en quête de riches colonies, on se préoccupa de réguler le trafic maritime par un droit de la mer qui fut un des embryons du droit international. Depuis cette époque, le droit international n’a cessé de progresser mais la marine marchande reste, quant aux conditions d’embauche, aux contrôles techniques et aux pavillons de complaisance un déni de justice.
La problématique écologique répond en gros aux mêmes critères. Transnationale et mutante, elle échappe au contrôle des gouvernements nationaux. Les organisation internationales ou supranationales chargées de la réguler sont impuissantes. Il y a des grandes puissances, mais aucun gendarme planétaire capable de faire respecter les lois.
Un des paradoxes de notre temps n’est-il pas justement que les plus puissants refusent de respecter les règles qu’ils imposent aux plus petits?
Indomptable mais extensible de manière exponentielle, la crise écologique ne peut que susciter dans les prochaines décennies des violences dont le terrorisme islamique n’est probablement qu’un fade avant-goût. Car il sera question de la survie de populations entières menacées dans leur existence même.
Comme l’on sait depuis longtemps que le terrorisme est pourvoyeur de fascisme, il serait peut-être temps que les grands think tank mondiaux qui ont déjà intégré le désastre écologique depuis longtemps dans leurs calculs réfléchissent à des solutions politiques. A moins que cela ne soit déjà fait, et que la manière de gouverner de Messieurs Bush, Poutine et Hu Jintao, loin d’être accidentelle, pose au contraire, en guise de hors d’œuvre, les fondements du fascisme de demain.