Benedikt Wechsler entame sa quatrième année en tant que conseiller diplomatique, cette fois au service de Micheline Calmy-Rey. Une longévité unique dans l’exercice de cette fonction discrète mais influente.
Benedikt Wechsler a eu chaud ce jour de mars 2006. Son patron, le président de la Confédération Moritz Leuenberger, rencontrait le chef d’Etat bulgare Georgi Parvanov. Ce dernier s’est mis soudain à évoquer l’affaire des infirmières bulgares, du nom de ces cinq femmes condamnées à mort en Libye pour avoir inoculé le virus du sida à 426 enfants.
«Je me suis rendu compte au milieu de l’entretien qu’il souhaitait rentrer à Sofia avec l’assurance que la Suisse le soutenait sur ce sujet, explique le conseiller diplomatique. Or ce thème ne figurait pas au menu des discussions. J’ai fait passer un message à mon chef pour qu’il se prononce à ce propos.» Résultat: Moritz Leuenberger garantit à la Bulgarie les bons offices de la Suisse dans cette affaire. Un sauvetage in extremis rendu possible par la bonne connaissance du dossier qu’avait Benedikt Wechsler.
Le Bâlois de 39 ans effectuait alors sa troisième année comme conseiller diplomatique. En 2001, il avait déjà oeuvré pour le chef du Département de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC), puis dans la foulée pour Kaspar Villiger.
Il continue sur sa lancée en 2007 au service de Micheline Calmy-Rey. Du jamais-vu. «La fonction est récente. Cela ne fait que six ou sept ans que les conseillers fédéraux se dotent systématiquement d’un collaborateur pour leur année présidentielle.» L’expérience du jeune diplomate représente un bien précieux pour l’administration fédérale. Elle lui permet de conserver un suivi au niveau des relations interpersonnelles qui, sinon, se perdraient à chaque changement.
«Par exemple, lors de la rencontre quadripartite entre la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche et le Liechtenstein (qui a lieu chaque année), j’ai pu me constituer un petit réseau de collaborateurs présidentiels.» Des contacts indispensables pour maintenir «des canaux de communication privilégiés et informels» avec ces partenaires étrangers.
Mais quelle est l’influence réelle de cet homme de l’ombre? «Dans ce que je fais, il y a toujours une part imposée, explique-t-il. Je suis intégré dans l’état-major du président et je collabore étroitement avec le Département des affaires étrangères qui fixe la ligne officielle de la Suisse. Mais, dans ce cadre, je peux influencer la manière dont on aborde les choses, proposer certains sujets.»
Concrètement, cette marge de manoeuvre s’exprime notamment lors de la préparation des points forts de l’année présidentielle. «On commence à y réfléchir six mois avant. En 2006, nous avons mis l’accent sur le dialogue avec les jeunes et l’Afrique.» Visite des chefs d’Etat du Liberia et du Nigeria, tournée africaine de Moritz Leuenberger et rencontre préparatoire en Suisse à la conférence de Nairobi sur le climat ont permis de réaliser ces objectifs.
Le président de la Confédération reste toutefois en premier lieu chargé de son ministère, a fortiori lorsqu’il dirige un département tentaculaire comme le DETEC. Cette disponibilité limitée pour les affaires étrangères fait du conseiller diplomatique un interlocuteur incontournable. «Il m’arrive de dire au président: « Là c’est un peu dangereux » ou « Dans le contexte actuel, cette visite ne serait pas souhaitable ».»
Il informe également son supérieur des derniers développements internationaux, comme la situation en Iran ou les questions qui font débat au sein de l’UE. De façon plus terre à terre, Benedikt Wechsler est chargé de dresser le programme présidentiel, sur lequel il conserve une certaine marge de liberté. Très porté sur l’Europe, il a ainsi proposé un débat public sur l’UE lors de la visite du président tchèque Vaclav Klaus en mars.
L’expérience du Bâlois éclaire d’un jour nouveau le débat sur le renforcement de la charge présidentielle en Suisse. «Le pays est désavantagé sur le plan international par le changement annuel de chef d’Etat, mais, sur le plan interne, il est important que chaque région ait la présidence à tour de rôle. De plus, un président élu pour deux ou quatre ans bouleverserait les équilibres au Conseil fédéral.»
Pour résoudre ce dilemme, reste la solution d’un état-major présidentiel permanent. Une nouvelle fonction pour laquelle Benedikt Wechsler joue en quelque sorte un rôle de laboratoire? «Peut-être, en tout cas j’espère ne pas avoir été un mauvais exemple!»
Ce membre du Parti radical a en outre été confronté aux styles très différents de ses employeurs successifs. «Moritz Leuenberger avait davantage de peine avec l’ordre établi et le protocole que Kaspar Villiger.»
Malgré leurs différences, Benedikt Wechsler reconnaît aux deux hommes un même souci de collégialité. «Ils travaillaient pour l’ensemble du gouvernement plutôt que pour se mettre en avant personnellement. Et ils ne se considèrent pas comme des rois nommés pour une année.»
