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Un G8 réjouissant pour cause de faiblesse américaine

On peut présider depuis des années une des grandes puissances de la planète et se sentir malgré tout un peu gêné aux entournures. Surtout si elles se nomment Tchétchénie, xénophobie, mafia économique ou encore droits humains. C’est le cas du président Poutine.

Il a beau tenter d’arrondir sa démarche pour arpenter les palais du Kremlin, on sent toujours le félin prêt à sauter à la gorge de sa proie. Mettons que jusqu’à aujourd’hui il a plus répandu l’inquiétude que la confiance, ne serait-ce que parce qu’il n’a pas vraiment réussi à gommer ses origines policières. Un peu comme si l’inspecteur Yvan Perrin devait demain se glisser dans la peau du Dr Christoph Blocher. Il est des parvenus qui en gardent la marque indélébile, à moins d’être aidés par une circonstance exceptionnelle.

Pour Poutine, cette occasion risque de s’appeler G8. Son sommet doit siéger du 15 au 17 juillet à Saint-Pétersbourg. Le président russe aura ainsi l’occasion de recevoir dans les meubles restaurés des Romanov le prétendu gratin de la planète, les chefs d’Etat et de gouvernements des pays les plus riches: Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie et Japon.

On voit déjà la scène. Les premiers couteaux – Bush, Blair, Chirac – tous des éclopés au sourire d’outre-tombe politique, couvent d’un regard envieux les vedettes du jour, Angela et Vladimir, les deux rescapés du socialisme réel, tout en jouant des coudes pour repousser aux marges les seconds couteaux: Harper, Prodi et Koizumi.

A première vue, l’image est déprimante. Quel cénacle de médiocres!

Puis, en regardant de plus près, en essayant de comprendre le monde qu’ils sont censés représenter, on se prend à ébaucher un sourire qui se transforme bientôt en sentiment de profonde satisfaction. Il y a certes à boire et à manger dans cette cour des miracles new age où l’on s’attend à chaque instant voir l’un des acteurs se baisser, toucher la terre et se signer, à l’instar de nos modernes footballeurs, mais ce serait oublier leur égalité.

Alors qu’il y a quelques années encore les Clinton et Bush écrasaient les autres d’une supériorité réelle, tellement évidente qu’il n’était même pas nécessaire de la souligner, le Bush d’aujourd’hui prête à la compassion si ce n’est à la pitié. Fol Américain d’avoir dilapidé en quelques années un héritage rutilant!

Partout, la superpuissance est sur la défensive. Enferrée chez elle en raison de ses problèmes sociaux et économiques quoi que prétendent les grands discours sur la croissance (on croîtrait à moins avec de tels budgets militaires!), elle s’effondre à l’extérieur, blâmée en Europe, honnie en Amérique latine, haïe dans le monde musulman, manipulée par la Chine et le Japon. C’est Gulliver chez les Lilliputiens.

Le plus étonnant dans l’affaire est que c’est justement la globalisation symbolisée par le pouvoir du G8 qui a ratiboisé en quelques années la toute-puissance américaine. Alors qu’au début, lors de l’effondrement du socialisme réel, l’URSS en tête, il est apparu qu’à l’effondrement du monde bipolaire succéderait l’omnipotence étasunienne, nous devons constater aujourd’hui que la tendance s’est vite retournée en propulsant sur le devant de la scène économique et politique une multipolarité du meilleur aloi.

Si la Russie après avoir connu le fond du trou est remontée à la surface, d’autres puissances secondaires – pas les vieux colonialistes européens de type anglais, français, allemand ou italiens, mais leurs victimes – ont conquis le droit à la parole. Ainsi les numéros un chinois, indien, brésilien, mexicain, sud-africain et kazakh seront présents à Saint-Pétersbourg et rencontreront tant Vladimir Poutine que certains de leurs homologues. Ils devraient pousser à une relance des négociations à l’OMC sur la libéralisation du commerce.

Ce G14 m’enchante. Pas parce qu’il permettra à Poutine de briller, mais parce qu’il est garant d’un avenir où le jeu politique sera plus complexe. Donc plus nuancé. Et, pourquoi pas, moins violent.