- Largeur.com - https://largeur.com -

Le gouvernement Prodi ne durera pas

Un mois de pouvoir, trois votations gagnées et déjà sur la défensive.

On savait le gouvernement Prodi sur la corde raide, mais à ce point-là, c’est pathétique. Mercredi 28 juin, le président du Conseil a dû recourir au vote de confiance pour faire passer un projet de loi. Le vote de confiance à l’italienne correspond en gros au 49/3 français: pas d’amendements possibles, on vote bloc contre bloc. C’est le système auquel recourent les chefs de gouvernement en manque de majorité qualifiée.

Ce vote de confiance signifie deux choses. La première est que Prodi ne dispose pas d’une majorité parlementaire, la seconde que son gouvernement ne durera pas.

On se souvient de ces élections législatives gagnées à la raclette (25’000 voix d’avance). Berlusconi hurla à la fraude. On se souvient des municipales où gauche et droite firent aussi match nul, chacun campant plus ou moins sur ses positions.

Berlusconi continua de hurler à la trahison. Dimanche dernier, par contre, le référendum fédéraliste de la droite fit un plouf sonore (61,3% de non). Et Berlusconi se tut enfin. La leçon de ces scrutins à répétition est claire: l’Italie est partagée, le leadership de Berlusconi est condamné, elle est politiquement centripète.

Les loups de la droite sont en train de se lécher les babines avant de lancer leurs canines à l’assaut des dépouilles du parti berlusconien. Dans un coin, Gianfranco Fini attend son heure.

Mais l’échec du référendum constitutionnel sonne aussi le glas de la Ligue du Nord. Certes, les amis d’Umberto Bossi résistent dans leurs fiefs lombards et vénitiens, seules régions à avoir accepté le référendum, mais cela les renvoie quasiment 25 ans en arrière, à l’époque de leurs débuts.

Et encore: le grand leader a annulé le traditionnel rendez-vous de Pontida où ses chemises vertes allaient boire du gros rouge en écoutant le patron insulter les « terroni » venus dans le nord leur piquer femmes, fric et boulot. L’avenir est d’autant plus sombre que Bossi est usé par la maladie et sa Ligue en coma financier.

Du côté des vainqueurs, la situation n’est guère plus brillante. Prodi a cherché à neutraliser son extrême gauche (qu’il traita gentiment de folkloriste dans une interview!) en portant son leader Fausto Bertinotti à la présidence de la Chambre des députés.

Mais, pour ne donner que deux exemples, cet exercice d’équilibre ne peut résister ni à la politique étrangère (maintien de corps expéditionnaires en Afghanistan et en Irak) ni à la politique scolaire (financement des écoles catholiques).

Pour tenter de redonner confiance à ses troupes, le chef du gouvernement a dégainé une loi attaquant frontalement les acquis corporatifs d’une partie de l’électorat berlusconien, les chauffeurs de taxi, les notaires ou les pharmaciens. Une juste libéralisation de leurs activités qui fait plaisir à tout le monde, comme les deux buts marqués in extremis contre l’Allemagne.

N’empêche! La ligne générale reste défensive, à l’image de celle de la squadra azzura. Dans les mois qui viennent, au printemps peut-être, les Italiens devront donc retourner aux urnes pour des élections anticipées. Il est peu probable (mais sait-on jamais!) qu’après deux échecs gouvernementaux Prodi puisse se maintenir à la tête du centre-gauche. L’heure du très populaire Walter Veltroni, un ancien communiste confirmé à la mairie de Rome par deux électeurs sur trois, devrait sonner.

Renvoyant l’extrême gauche dans les marges, il devrait jouer au centre en essayant d’élargir son emprise sur les démocrates-chrétiens qui viennent de passer quelques années à la cour de Berlusconi.

A droite, Gianfranco Fini devrait faire de même, expédiant la Ligue dans les cordes. Repositionnés au centre, droite et gauche seraient contraintes à l’entente. La Grosse Koalition.

Scénario de politique fiction? Pas vraiment si l’on tient compte des tendances de fond de la politique italienne qui ne s’est jamais remise de la disparition du Saint Empire: elle aime suivre au plus près ce qui se passe en Allemagne. Aujourd’hui, l’heure étant aux grandes coalitions, il ne serait pas surprenant que Berlusconi et Prodi mis à la retraite, Veltroni et Fini s’entendent dans l’espoir de favoriser une reprise économique. Rendez-vous en 2007.