C’est l’histoire d’un film mythique qui n’a jamais été tourné. Un film d’anticipation resté à l’état d’ébauche dans les tiroirs de Stanley Kubrick. Le cinéaste avait longtemps attendu que la technologie numérique lui permette de le réaliser. Il rêvait d’une épopée cybernétique qui montrerait comment les machines réfléchissent. Le nom de code du projet, «A.I.», faisait référence à l’intelligence artificielle. Le film devait être interprété par des robots.
Kubrick avait entamé ce chantier à l’automne 1994, après avoir découvert les effets spéciaux du «Jurassic Park» de Spielberg. Pour la première fois, les techniques de synthèse lui semblaient à la hauteur de ses visions. «A.I» devint ainsi le nouveau projet officiel du cinéaste qui n’avait pas tourné depuis «Full Metal Jacket» (1987).
Au printemps 1996, Warner Brothers annonça que Kubrick avait finalement décidé de tourner un film intimiste, «Eyes Wide Shut», avant de s’atteler à la réalisation de cette aventure d’anticipation. Parallèlement, quelques scénaristes et techniciens commençaient à plancher sur «A.I.»
Kubrick demanda ainsi à l’écrivain Sara Maitland, spécialisée dans les contes mythologiques, de travailler à l’adaptation d’une nouvelle de Brian Aldiss, «Supertoys Last All Day Long», censé déboucher sur le scénario de «A.I.». Le réalisateur Chris Cunningham, auteur de clips pour Madonna et Aphex Twin, déclara pour sa part que Kubrick lui avait confié la création des robots qui devaient apparaître dans le film. Le magazine Wired consacra une enquête détaillée au défi technologique relevé par le projet.
Mais en mars dernier, le monde apprenait la mort de Stanley Kubrick. Le projet «A.I.» semblait définitivement perdu.
Et voilà qu’en cette fin d’été, des rumeurs persistantes indiquent que Steven Spielberg pourrait achever l’ouvrage. Dans son édition du 7 septembre, le «Sunday Times» annonce que la famille de Kubrick et Warner Brothers ont demandé à l’auteur de «1942» de récupérer les éléments laissés par celui de «2001» et d’en faire un film. Le journal indique aussi que les deux hommes avaient longuement discuté du projet «A.I.». Spielberg aurait entre les mains le script et le storyboard laissé par le défunt.
Jan Harlan, le beau-frère et producteur de Kubrick, a déclaré que Spielberg «serait en mesure de faire apparaître les aspects humains et philosophiques de l’histoire», rapporte encore le «Sunday Times».
Cette annonce a déclenché une avalanche de rumeurs sur le Net. Le site Coming Attractions, généralement bien informé, a ainsi publié le message d’un correspondant anonyme qui rappelle le discours prononcé devant la Director’s Guild par Spielberg lors de son hommage au cinéaste disparu: il avait fait référence à un film sur lequel Kubrick et lui avaient travaillé pendant trois ans, sans le nommer.
Autre indice: toujours selon Coming Attractions, le projet officiel de Spielberg, «Minority Report», avec Tom Cruise, semble dans l’impasse. Cette adaptation d’un ouvrage de Philip K. Dick serait déjà abandonné, mais l’équipe continuerait à travailler dans le plus grand secret à un autre projet. Et si le cinéaste préparait déjà «A.I» derrière la façade de «Minority Report»?
Il n’en a pas fallu davantage pour que le site Internet Movie Database, qui répertorie tous les films de l’histoire du cinéma, ajoute «A.I» a la filmographie de Steven Spielberg, sans donner plus de détail. Le bureau de presse du cinéaste se refuse à confirmer ou à démentir la nouvelle.