GLOCAL

9.9.99, 8.8.88, 7.7.77, 6.6.66… Un siècle

Guerres mondiales, guerre du Golfe et guerre des étoiles: Dominique Page résume un siècle guerrier en égrenant ses dates graphiquement symboliques.

On sent que la fin du siècle approche. Ce jeudi 9.9.99 marque la dernière date monochiffrée avant la grande remise des compteurs à zéro. Depuis plusieurs décennies, ces dates se succédaient avec la régularité métronomique d’une apparition par décade: le 3 mars 33, le 4 avril 44, le 5 mai 55… Entre chaque occurence, il y avait toujours exactement onze ans, un mois et un jour.

Mais dès aujourd’hui, pour des raisons arithmétiques très simples, ce tempo séculaire va tousser. Nous allons ainsi vivre pas moins de quatre dates monochiffrées dans les douze prochaines années. Il faudra d’abord attendre onze ans, trois mois et 23 jours, et ensuite, ce sera la rafale, en janvier (1.1.11 et 11.1.11), puis en novembre (1.11.11 et 11.11.11).

Les années 20 connaîtront quant à elles deux dates à un chiffre (le 2 et le 22 février 22). Ensuite, dès le 3 mars 2033, le cycle décennal reprendra jusqu’au 9 septembre 2099.

Je ne crois pas à la numérologie et pourtant, les dates monochiffrées semblent s’arranger pour marquer ma mémoire. Je me souviens très bien d’une scène vécue le 7.7.77. C’était un jeudi. J’étais dans un bus et une amie me disait que le chiffre 7 avait quelque chose de sacré. Un soleil d’acier baignait la ville. Le premier «Star Wars» était à l’affiche. J’ignorais évidemment que deux cycles plus tard (soit vingt-deux ans et des poussières), un autre «premier Star Wars» serait sur les écrans.

Le lundi 8.8.88, j’étais dans un splendide hôtel de montagne. J’en garde un souvenir précis: en consultant mon calendrier, je me disais que cette date était doublement symétrique: horizontalement et verticalement. C’est là, dans cet hôtel de montagne, que j’ai dû apprendre la nouvelle à la TV: l’Iran et l’Irak acceptaient de mettre fin à ce qu’on appelait à l’époque la «guerre du Golfe». Ce jour-là, le secrétaire général de l’ONU Javier Pérez de Cuellar annonçait un accord sur l’instauration d’un cessez-le-feu entre les deux belligérants.

Je ne me souviens pas du lundi 6.6.66, mais les encyclopédies m’apprennent que c’est en cette date diabolique que les Etats membre de l’OTAN décidèrent de transférer le quartier général de leur Organisation en Belgique. «Un homme et une femme», de Lelouch, venait de remporter la Palme d’or à Cannes.

Le jeudi 5.5.55 marqua une date historique: la République fédérale allemande retrouvait sa pleine souveraineté et pouvait entamer son réarmement. Quatre jours plus tard, elle entrait officiellement dans l’OTAN. De son côté, le cinéma commençait à se donner en spectacle: «Fenêtre sur cour» de Hitchcock et «A Star Is Born» de Cukor sortaient sur les écrans.

Le mardi 4.4.44 est un jour de guerre comme les autres. Seconde guerre mondiale. Sur le front de l’Est, les troupes soviétiques ont franchi la frontière roumaine et vont bientôt reprendre Odessa, occupée par l’Allemagne depuis 1941. A Paris, les films interprétés par Jean Gabin sont encore à l’affiche mais plus pour longtemps. On vient d’apprendre l’engagement de l’acteur dans les Forces françaises libres. Ses films seront frappés d’interdiction dès le samedi 22 avril.

Le vendredi 3.3.33, un jeune chanteur d’Ajaccio fait ses débuts à l’Alcazar de Marseille. Il se nomme Constantino Rossi, on le surnomme Tino. Le lendemain, soit le samedi 4 mars, Franklin D. Roosevelt entre en fonction à la présidence des Etats-Unis. Il présente son programme économique: le new deal.

Le mercredi 22.2.22, rien à signaler.

Le jeudi 2.2.22, James Joyce fête ses quarante ans et publie «Ulysses», qui sera considéré comme l’une des œuvres majeures du siècle. Le même jour, la grève des cheminots débute en Allemagne; la Fédération des employés de chemins de fer a organisé cette grève après l’annonce par le gouvernement du licenciement de 20’000 cheminots dans le cadre de la politique de rigueur nécessaire au paiement des réparations exigées par les Alliés.

Le samedi 11.11.11, Marie Curie, Albert Einstein et Max Planck participent à Bruxelles à la première conférence européenne sur les quanta.

Le mercredi 1.11.11 marque une date dans l’histoire de l’aéronautique. A bord de son Blériot XI, le sous-lieutenant Giulio Guidotti lâche des bombes sur les lignes turques, en Tripolitaine. C’est la première fois qu’un avion est utilisé à des fins militaires. Au même moment, au Trinity College de Cambridge, un jeune philosophe autrichien nommé Ludwig Wittgenstein fait la connaissance du mathématicien Bertrand Russel.

Le 11.1.11, rien à signaler.

Le dimanche 1.1.11, le comte Alfred von Schlieffen est promu feld-maréchal. Il rumine encore le conflit franco-allemand de 1870 et élabore un nouveau plan de guerre. Ce plan prévoit d’éliminer l’armée française en l’attaquant par le Nord avant que son alliée, la Russie, n’ait eu le temps de réagir. Schlieffen mourra en 1913 mais son plan lui survivra. Il sera très précisément appliqué à l’été 1914 et déclenchera la première guerre mondiale.