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Des femmes qui courent entre elles

Combien étaient-ils, ce dimanche, les hommes à s’élancer au départ de la Frauenlauf, la très populaire course bernoise réservée aux femmes? J’en connais déjà trois.

Les voyous! Ils ont refusé que soit divulguée leur identité pour pouvoir récidiver sans inquiétude l’année prochaine. Pourquoi ont-ils joué les intrus? Respectivement pour: «accompagner ma copine», «narguer les organisateurs» et «me marrer».

Il y a quelques décennies, c’était des femmes qui se déguisaient en hommes. Leurs motivations étaient alors bien différentes de celles affichées aujourd’hui par les clandestins de la Frauenlauf.

En 1967, une certaine Kathy Switzer était poursuivie par le directeur du marathon de Boston qui essayait de lui arracher son dossard acquis sous un nom d’emprunt.

Au début des années septante, Marijke Moser courait sous le nom de Markus Aebischer pour courir Morat-Fribourg. Elle n’avait pas intérêt à se faire repérer car elle aurait été éjectée de la course. Ce n’est qu’en 1977 que les femmes ont été officiellement admises à cette épreuve. Quant au marathon, il n’est devenu discipline olympique qu’en 1984.

Christiane, Marie-Claude, Micheline et Catherine… Ces coureuses qui ont dépassé la quarantaine ont encore en mémoire le long combat mené par les femmes pour obtenir un dossard. Elles ne s’imaginent pas une seconde participer à des courses féminines qu’elles qualifient aujourd’hui de «retour en arrière» et de «ghettoïsation».

Mais qu’en pensent les adeptes? Françoise aime bien se retrouver «entre nanas, sans mecs qui passent leur temps à calibrer vos fesses». Sandra s’est laissée convaincre par des copines qui, sans ce rendez-vous annuel, ne courraient pas aussi régulièrement.

Sophie y voit une occasion de laisser les gamins à son mari. Aline, qui portait hier pour la première fois un dossard, avoue avoir pour seule motivation le «super T-shirt qu’on ne trouve pas dans le commerce» qui a récompensé son effort.

Et le point de vue des coureurs, quel est-il?

Philippe craint que «ça crée un précédent pour faire des courses classées par «minorités», juste pour faire du spectacle et de l’argent». Joël implore: «S’il vous plaît, Mesdames, ne vous emprisonnez pas vous-mêmes!»

Pierre estime que «le problème n’est pas sportif mais sociétal. On vit dans une société inégalitaire. Peut-être que ces courses réservées aux femmes permettent à certaines d’entre elles d’oser faire du sport en public, sous le regard des autres, et cette pratique peut servir de tremplin pour s’aligner ensuite dans les courses mixtes. Le jour où ces inégalités sexuelles auront disparu, ces courses réservées devront elles aussi disparaître.»

La course Fun Run, organisée en mai dernier à Casablanca, fait figure de phénomène. Plus de 10’000 femmes ont participé à cette compétition féminine que les organisatrices souhaitent «synonyme de concept philosophique, une course véritable fait social, une course projet de société».

Sont-elles vraiment émancipatrices les catégories Maman, Grand-Maman ou Mère/Fille que propose La Parisienne qui se court à Paris? Est-ce un tremplin pour la cause féministe que de continuer à associer «femme, beauté, santé, famille et générosité», comme le font les publicité des grands rendez-vous féminins de Berne, Copenhague, Paris et Göteborg?

Un coup d’œil aux principaux sponsors intéressés par les courses féminines nous donne un indice: produits de beauté, lignes de vêtements et produits de lessives. La simple existence d’un raid Ariel Aventure semble évoquer la grande lessive qui reste à faire pour que s’installe la mixité.

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Au Pakistan, une compétition a été attaquée par des islamistes parce que des femmes y participaient.