Adolf Ogi a déclaré mercredi qu’il souhaitait restaurer la confiance dans les services de renseignements et montrer leur utilité. Il a qualifié l’affaire Bellasi de «grand défi» en prononçant cette splendide incantation: des décisions seront prises «quand la fumée et le brouillard seront levés».
Il aurait pu dire exactement la même chose d’Expo.01: il faut restaurer la confiance et montrer l’utilité; c’est un «grand défi»; des décisions seront prises «quand la fumée et le brouillard seront levés».
J’ai toujours aimé comparer les pommes et les oranges, alors allons-y. Comparons les deux institutions, les deux ratages, les deux crises de confiance, les deux épines dans le pied du gouvernement. On y verra peut-être un peu plus clair dans ces deux cuisines.
A priori, rien ne rapprochait l’exposition nationale des services secrets de la Confédération. La première s’offrait aux regards alors que les seconds s’en cachaient. L’expo voulait la lumière, les services secrets préféraient travailler dans l’ombre, et l’une comme les autres faisaient semblant de fonctionner. Mais voilà qu’en cet étrange mois d’août, la vitrine du pays et son arrière-boutique se trouvent rassemblées dans le même condominium. Ce qu’on exhibe et ce qu’on dissimule. La couleur et le vert-de-gris.
On s’aperçoit ainsi qu’en matière de dysfonctionnement, les grandes oreilles n’ont rien à envier aux projets d’arteplages. Les schémas mentaux de Francis Matthey correspondraient-ils à ceux de Peter Regli? Vues de loin, en tout cas, leurs silhouettes semblent fondues dans le même caquelon d’apparatchik helvétique.
Le barbu a été chargé d’organiser la fête, au moustachu d’assurer la sécurité. Nous sommes bien en Suisse.
Dans leurs missions nationales, les deux apparatchiks ont été épaulés par des individus qui se sont révélés inadaptés, pour des raisons fort différentes il est vrai. Le fusible Fendt n’a rien à voir avec le court-circuit Bellasi.
Le problème, c’est qu’on essaie aujourd’hui de faire croire que le flop de l’expo et celui des services secrets ne seraient dûs qu’à ces exécutants. Alors que dans un cas comme dans l’autre, c’est l’institution qui est prise en faute. C’est le pouvoir politique qui n’a pas su fixer les objectifs et assurer le contrôle.
Résultat: les Suisses, déboussolés, commence à se poser des questions absurdes. Des questions comme: à quoi servent les services secrets? Faut-il abandonner le projet Expo.01?