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Nostradamus s’est planté mais la réalité est pire que ses prévisions

Illusionnistes mercantiles, saltimbanques du New Age, acrobates des espaces interstellaires marqueront la date du 11 août 1999 d’une pierre noire, n’est-ce pas, ô mânes de Nostradamus revisitées par Paco Rabanne?

Pas d’éclipse, du moins sous les cieux helvétiques, pas de fin du monde, rien qui n’égaye le morne cours d’un été bizarre. Seul le Verseau à force de nous couvrir d’orages impétueux semble poser quelques jalons pour les temps à venir… Dans cette boue fertilisante, l’homme – que l’on me donnait dans mon enfance comme façonné à la terre glaise – dresse vaguement la tête pour jeter un regard indifférent sur ses semblables.

Le millénaire s’achève comme il a commencé, dans la violence. Les Etats-Unis prennent à chaque tuerie en série la mesure de l’effondrement des valeurs morales qui leur permirent d’édifier la puissance politique la plus impressionnante de tous les temps. Mais ces mêmes Etats-Unis sont incapables de freiner cette violence tant à l’intérieur en réglementant les ventes d’armes qu’à l’extérieur où ils continuent de bombarder un Irak exsangue et de soutenir des talibans afghans sans que personne ne pipe mot.

En Amérique latine, l’arrivée au pouvoir au Vénézuela d’un caudillo plus vrai que nature (Bolivar, la Bible et l’Armée!) soutenu par 80% (!) de la population laisse présager une régression politique générale que les crises argentines ou brésiliennes ne peuvent que servir.

En Afrique, la guerre court beaucoup plus vite que la désertification et même le plus optimiste des observateurs serait bien en peine – comme ils le faisaient il y a dix ou vingt ans – de citer un pays modèle. Les mots de «colonialisme» et de «néocolonialisme» ont si bien disparu du vocabulaire qu’il n’en reste que la crue réalité de sociétés déstructurées et acculturées vouées au désespoir, à la famine et à la haine. Donc à la guerre.

L’Asie tout entière résonne de l’écho assourdi des bruits de bottes. Pas l’Asie des régions marginales comme le furent au cours de ces dernières années l’Afghanistan, Timor ou les Philippines, mais l’Asie des géants: l’Indonésie se désintègre sous nos yeux, le Japon cherche des poux à la Corée du Nord, la Chine menace Taiwan, le Pakistan et l’Inde se dressent sur des ergots armés de bombes atomiques…

La Russie, dernière coqueluche du libéralisme triomphant, sombre dans un mélodrame sordide dont même le moujik le plus ignare sait qu’il finira en tragédie sanglante. Mais tant que les milliards du FMI se contentent de faire trois petits tours à Moscou puis s’en reviennent sagement dans nos coffres, pourquoi s’en faire? Les capitaux, selon leur nature, circulent. Qu’importe si la faim reste.

Et la Suisse?

La Suisse célèbre le cinquantième anniversaire des Conventions de Genève, ces accords destinés à rendre le monde plus beau et la guerre propre. Quelle réussite humanitaire! N’écoutez surtout pas leur promoteur! A 85 ans, ce Jean Pictet radote et ose cracher dans la soupe en déclarant que cinquante ans plus tard nous sommes en pleine néo-barbarie!