En 2021, au festival international de photojournalisme Visa pour l’image, les professionnels saluent «The Book of Veles», le projet du célèbre photographe norvégien Jonas Bendiksen. Personne ne voit que tout est faux.
Son reportage repose cependant sur une histoire vraie, celle de hackers macédoniens producteurs de fake news qui ont facilité l’élection de Donald Trump en 2016. «Je sentais qu’un tournant s’opérerait pour la photographie, explique Jonas Bendiksen. Je voulais donc voir où en était la technologie, sa facilité d’accès, et surtout si on était prêt pour un monde où il deviendrait impossible de distinguer une vraie image d’une fausse.»
Les photographies qu’il a prises sur place, dans la ville de Vélès (Macédoine du Nord), servent de décor. Il y ajoute des personnes, des objets et des animaux grâce à un logiciel pour jeux vidéos. Les textes sont créés par GPT-2 à partir des articles téléchargés en ligne par le photographe. «Je donnais un mois à peine à cette histoire. Mais le public n’a rien vu. Le festival Visa pour l’image a été le test ultime. J’ai alors compris l’ampleur du problème.»

Comment révéler la vérité? «J’ai acheté un faux profil pour porter des accusations contre moi sur les réseaux. Je voulais que les gens constatent par eux-mêmes.» La nouvelle agit comme une onde de choc. «Le livre a révélé notre vulnérabilité collective face aux images. Il est venu casser l’idée selon laquelle seuls des gens peu éduqués seraient dupes.» Six mois plus tard, la mise sur le marché de Dall-E capable de générer artificiellement des images confirmera ce tournant.
La question:
Quels sont les enjeux du photoreportage à l’heure des images générées par IA?
«Pour moi, la photographie s’est brisée avec l’arrivée de l’IA. Avec «The Book of Veles» (2021), j’ai remarqué que face au flux quotidien de contenu, on ne regarde plus vraiment les images. Le défi est donc de faire en sorte que les gens s’y arrêtent de nouveau et regardent vraiment.»
Biographie:
Jonas Bendiksen, photojournaliste basé à Oslo, a publié plusieurs ouvrages. Son travail explore souvent le rôle de la foi, de la religion et de la technologie dans la société. Il a rejoint Magnum Photos en 2004.
Cet article est issu du numéro 18 de Météore, un journal consacré à la photographie contemporaine, paraissant chaque lundi 13.