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Mieux vivre la ménopause au travail

Des Suissesses à l’apogée de leur carrière réduisent leur temps de travail (20,5%), changent d’orientation (16,4%), refusent une promotion (4,7%) ou envisagent une retraite anticipée (5,7%) durant la ménopause. C’est ce qui ressort d’une étude publiée en septembre 2025 par la Haute école d’économie de Berlin et l’entreprise suisse The Women Circle.

Ces renoncements posent un problème aux employeurs, qui doivent se passer de collaboratrices formées. Les hôpitaux universitaires ont par exemple rapidement ouvert leurs portes à une grande étude du Fonds national suisse (FNS) sur la ménopause au travail. «Que ce soit à Genève, Lausanne, Bâle ou Zurich, les hôpitaux nous ont autorisés à entrer en contact avec leurs collaboratrices», explique Nicky Le Feuvre, une des chercheuses impliquées, sociologue du travail à l’Université de Lausanne. «La ménopause est une vraie préoccupation pour ces institutions, qui souhaitent rassembler des données sur le sujet et veulent inciter leurs collaboratrices à rester, dans un contexte de pénurie de main d’œuvre, en mettant en place l’accompagnement adéquat et sans les stigmatiser.» L’intérêt croissant pour le sujet s’explique également par un changement démographique. Le nombre de femmes dans la tranche d’âge des 40-64 ans a dépassé les 1,5 million en 2020 et reste en constante augmentation.

Pour les employées, la situation est tout sauf idéale. «En Suisse, un grand nombre de femmes ont réduit leur taux d’activité pour s’occuper de leurs jeunes enfants. Puis, entre 40 et 50 ans, elles aspirent à travailler davantage. Cela leur permet, par exemple, de combler des lacunes dans leur 2e pilier ou de faire face à un divorce.»

Des recommandations destinées aux employeurs figureront dans l’étude FNS menée jusqu’en 2028 par l’Université de Lausanne et la Haute école spécialisée bernoise. «En s’appuyant sur les recherches réalisées au Royaume-Uni et en France, on peut déjà dire que l’information et la sensibilisation des cadres constituent un point-clé», note Nicky Le Feuvre. Il est utile de leur rappeler les fondamentaux, par exemple que le terme ménopause englobe généralement la périménopause (période de menstruations irrégulières), la ménopause (période qui intervient 12 mois après les dernières règles), tout comme la postménopause. «Il convient de signaler que les femmes vivent cette transition très différemment. Environ un tiers ne ressent aucun symptôme de ménopause, un autre tiers souffre de symptômes légers à modérés, et un dernier tiers présente des symptômes lourds.» Les troubles ressentis sont d’ailleurs eux aussi très divers. L’OMS en liste 34. Les plus fréquentes sont les bouffées de chaleur, les troubles du sommeil, les problèmes de concentration (nommés parfois «brouillard mental»), la fatigue chronique, la peau sèche, les maux de tête ou encore un état dépressif. Les risques de maladies cardiaques, d’ostéoporose et de diabète augmentent également.

Face à cette situation, des aménagements peuvent être mis en place. «Il peut s’agir de changements basiques: de l’eau fraîche à disposition, des uniformes en fibre naturelle, ou un accès facilité à des toilettes bien équipées pour affronter des menstruations plus irrégulières ou abondantes durant la periménopause.» Comme la ménopause est une phase transitoire, une solution consiste à adapter des postes temporairement, sur demande. «Il peut s’agir d’aménagements concernant des travaux physiques pour réduire les douleurs articulaires; d’offrir la possibilité de quitter momentanément un poste à responsabilité ou de recourir au « job sharing » en cas de diminution passagère de la concentration.»

Entamer une réflexion sur la ménopause présente un autre avantage selon la sociologue: bon nombre de ces aménagements sont également valables pour affronter des problématiques pouvant concerner tous les travailleurs plus âgés, hommes et femmes confondus.


«Nous avons réussi à briser un tabou»

Directrice des ressources humaines chez Condis, fabricant de condensateurs pour réseaux électriques à Rossens (FR), Vania Gomes lançait en 2023 une réflexion sur la santé des femmes dans l’industrie. «Nous avons créé un cadre de confiance dans lequel les collaboratrices pouvaient parler de leur vécu dans la société autour de sujets importants comme la grossesse et l’allaitement, le cycle menstruel ou la ménopause. Certaines difficultés traversées par une partie de nos employées (40 femmes environ sur 170 collaborateurs) m’ont presque fait tomber de ma chaise.» La direction de la PME a donc décidé de faire appel à la société The Women Circle pour donner une séance d’information sur le sujet de la ménopause et de l’andropause (transition hormonale masculine). «C’était une manière d’informer l’ensemble du personnel et de sensibiliser les cadres, sans pointer du doigt quiconque en particulier. Nous avons pu montrer que nous étions ouverts au dialogue.»

Des modifications concrètes, comme le choix de meilleurs vêtements de travail, afin d’éviter les bouffées de chaleur, ont suivi. «Je sais également que cela a favorisé des échanges d’expériences entre les collaboratrices, sur la gestion des émotions notamment. L’intervenante a donné des conseils pour mieux accompagner cette période sur un plan individuel, en lien avec l’alimentation et le sport par exemple.»

Pour Vania Gomes, Condis a ainsi su brisé un tabou. «Un collaborateur est venu me parler à la cafétéria pour me dire qu’il était concerné par l’andropause et en souffrait. Qu’un homme s’ouvre ainsi montre le chemin parcouru!»


Une version de cet article réalisé par Large Network est parue dans le magazine PME.