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Yaguine et Fodé, morts à 15 ans en voulant fuir la Guinée

«Vous êtes pour nous, en Afrique, ceux à qui il faut demander au secours. Si vous voyez que nous nous sacrifions et exposons notre vie, c’est parce qu’on souffre trop en Afrique et qu’on a besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et pour mettre fin à la guerre en Afrique.»

Yaguine Koita, 14 ans, et Fodé Tounkara, 15 ans, avaient emporté cette lettre en forme de testament avant de fuir la Guinée. On ne sait s’ils en sont les auteurs, mais cette lettre les accompagnait. Lundi matin, on a retrouvé leurs corps sans vie dans le train d’atterrissage d’un appareil qui assurait la liaison Conakry-Bamako-Bruxelles.

Cet appel à l’aide, que Largeur.com reproduit ici en intégralité, est adressé aux «Excellences, membres et responsables d’Europe». Daté du 29 juillet, soit trois jours avant le départ des adolescents, le message rédigé en français évoque la situation désespérée de leur pays dans lequel la moitié de la population n’a pas un dollar par jour pour vivre. Les deux jeunes gens étaient scolarisés: on a trouvé sur eux une carte d’étudiant d’un collège de Conakry, avec photo.

Après une escale à Bamako au Mali, l’Airbus A330-300 de la compagnie belge Sabena en provenance de Conakry s’est posé vers 5h45 à Bruxelles. Yaguine et Fodé avait mis plusieurs couches d’habits: trois pantalons, une veste, un gros pull et un bonnet. Mais à 10’000 mètres d’altitude, la température descend jusqu’à -50 °C. Les roues, que le frottemment peut chauffer jusqu’à 200 °C au moment du décollage, améliore momentanément les conditions dans l’habitacle, mais les chances de survie restent extrêmement minces, d’autant que les passagers clandestins risquent de se faire broyer par le train d’atterrissage lorsqu’il se replie. De plus, l’oxygène raréfié provoque rapidement l’asphyxie.

Le 26 janvier dernier, le miracle avait cependant eu lieu: en provenance de Dakar, Bertrand Anri, 18 ans, était arrivé sain et sauf à Lyon après cinq heures de vol. Malgré une grave hypothermie, son corps avait pu être réanimé. Il avait été réexpédié au Sénégal peu après. Yaguine Koita et Fodé Tounkara ont sans doute voulu suivre son exemple, espérant que leur geste susciterait la pitié des gouvernements européens.

Antoine Duquesne, ministre de l’Intérieur belge, a qualifié ce drame d’«atroce». Dans la foulée, les autorités et la compagnie Sabena ont annoncé des mesures pour renforcer la sécurité dans les aéroports africains, afin de minimiser le temps pendant lequel les appareils restent sans surveillance avant le décollage.