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L’Europe en train, ce n’est pas si loin!

Située en plein cœur de l’Europe occidentale, bastion du transport ferroviaire, la Suisse constitue a priori le point de départ idéal pour une escapade en Europe sans avion ou voiture. Les liaisons ferroviaires internationales desservent principalement les régions alémaniques, avec Zurich et son imposante gare centrale comme point de fuite. Mais Genève et Lausanne sont elles aussi à portée de train de plusieurs destinations européennes fort courtisées. Avec leurs multiples liaisons quotidiennes directes, Paris et Milan sont des incontournables déjà bien connues. Véritables nœuds ferroviaires, ces deux villes peuvent aussi servir de points relais vers des destinations plus lointaines, ou de première étape d’un itinéraire passant par plusieurs villes, notamment Londres (à 2h20 de Paris) ou Rome (à 3h de Milan).

Le train peut faire valoir de bons arguments face à l’avion: empreinte carbone moindre (entre 30 et 80 fois moins élevée en fonction du type de train), plus grande liberté de mouvement à bord et possibilité de profiter du voyage. Pourtant le rail peine encore à séduire, notamment parce que la durée des trajets et les prix parfois nettement plus élevés que ceux des vols à bas coût le rendent moins compétitif. «Le train présente l’avantage d’emmener les passagers de centre à centre, évitant ainsi les frais de transfert depuis l’aéroport. Les opérateurs ferroviaires admettent aussi plus de bagages gratuits que les compagnies aériennes. Ce sont des facteurs importants dont certains ne tiennent pas compte au moment de la réservation», rappelle Christine Ruph, de l’opérateur Railtour. «Par ailleurs, pour s’assurer de payer moins cher, mieux vaut réserver le plus tôt possible, et rester attentif aux offres promotionnelles.» Par exemple, lors de sa dernière «vente flash» en mars 2025, TGV Lyria proposait des billets pour Paris à 25 francs. À titre de comparaison, un billet Lausanne-Genève Aéroport plein tarif coûte 29 francs.

Depuis plusieurs années déjà, les appels se multiplient pour le retour des trains de nuit et des liaisons à grande vitesse entre la Suisse romande et les grandes villes d’Europe. Mais entre le récent abandon des projets de train nocturne vers Rome et Barcelone par les CFF et les obstacles infrastructurels au déploiement des lignes de jour vers Londres (lire encadré), cet idéal paraît encore bien loin. Cependant, des dizaines de destinations idéales pour une escapade de quelques jours sont d’ores et déjà accessibles facilement depuis la Suisse (voir tableau ci-dessous).

Le train permet par ailleurs de découvrir des villes moins connues et relativement préservées du tourisme de masse. «C’est aussi ce que les voyageurs cherchent en optant pour le train. Au départ de la Suisse, on peut facilement rejoindre Padoue ou Vicence au détour d’un voyage vers Venise, ou encore Dijon avant de continuer vers Paris.» En outre, plusieurs centres urbains situés à distance raisonnable de la Suisse romande ne sont même tout simplement pas accessibles par avion au départ de Genève. C’est notamment le cas de Marseille, Montpellier, Stuttgart et Turin.


Le retour du Genève-Bruxelles en 2030?

Au début des années 2000, un train direct avait placé Bruxelles à environ 5 heures de Genève. Opérées par Thalys, les rames à grande vitesse évitaient Paris grâce à une ligne de contournement passant par Disneyland et l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle avant de rejoindre le Nord de l’Europe. Aujourd’hui, cette rocade est empruntée par des TGV reliant Marseille, Lyon, Rennes ou Bordeaux à Lille et Bruxelles.

En juin 2025, la compagnie ferroviaire transnationale Eurostar a annoncé la programmation de deux liaisons au départ de Genève vers Londres et Bruxelles. Début des opérations: pas avant 2030. Ces futures connexions à grande vitesse vers le Nord de l’Europe seraient aussi rendue possible grâce à la ligne de contournement de Paris. Côté logistique, un retour de la ligne Genève-Bruxelles ne pose pas de problèmes majeurs. Mais pour que des trains venus d’outre-Manche parviennent un jour au bord du Léman, il reste des questions d’infrastructure à régler. «Le Royaume-Uni ne faisant pas partie de l’espace Schengen, il faudrait équiper les gares de dispositifs de contrôle aux frontières, explique Matthieu Jotterand. À la gare Cornavin, l’opération paraît donc inenvisageable avant les grands travaux de rénovation (dont la fin est prévue pour 2038, ndlr.) En attendant, une solution temporaire serait de dévier les trains vers Nyon ou les quais de Genève-Stade.»


11 destinations internationales atteignables en moins de 7 heures avec un seul changement maximum et prix estimé (2e classe, plein tarif) au départ de Genève ou de Lausanne (excl. Paris, Milan et Lyon)

Destination Changement Durée (Lausanne) Durée (Genève) Prix aller-retour (estimation)
Bologne Milan Centrale 5h14 5h57 200–250 CHF
Bruxelles Paris (Gare de Lyon → Gare du Nord) 6h25 5h48 200–300 CHF
Florence Milan Centrale 5h54 6h37 180–230 CHF
Francfort Berne 5h28 6h14 210–300 CHF
Innsbruck Zurich Gare Centrale 5h54 6h36 170–200 CHF
Marseille Directe en été, Lyon-Part Dieu hors saison 5h01 3h54 130–200 CHF
Montpellier Lyon Part-Dieu 5h04 4h06 125–200 CHF
Munich Zurich Gare Centrale 5h47 6h29 160–210 CHF
Stuttgart Zurich Gare Centrale 5h26 6h08 140–200 CHF
Turin Milan Centrale 5h56 6h39 150–200 CHF
Venise Directe 1 fois par jour 6h32 7h15 170–220 CHF

Source: CFF, Eurostar, SNCF, Trenitalia


Une version de cet article réalisé par Large Network est parue dans la Tribune de Genève et le «24 heures».