Les Genevois n’auront bientôt plus à se plaindre des baraquements de vendeurs de glaces qui enlaidissent leurs quais. Car la Ville a prévu de remplacer dès l’été prochain ces stands rudimentaires — avec chaises en plastique et parasols pubicitaires — par d’élégants pavillons en bronze aux formes épurées.
Le mandat définitif ne sera attribué qu’après échéance du délai de recours, mais la nouvelle circule déjà dans les milieux concernés: c’est le bureau Bakker & Blanc qui est sorti vainqueur du processus de sélection initié par le Département municipal de l’aménagement.

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Sur la quarantaine de dossiers déposés, une quinzaine avait pu participer au concours, et deux étaient sortis gagnants ex-aequo. Ils viennent d’être départagés: le projet de Bakker & Blanc a finalement été retenu à l’issue des mandats d’étude parallèles.

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«Il ne figurait pas vraiment parmi les favoris initiaux, pour la simple raison qu’il s’agit d’un bureau lausannois, explique une source proche du dossier. Mais c’est certainement l’un des meilleurs projets. Et le fait qu’il ait gagné démontre que l’ouverture des marchés cantonaux, en stimulant la concurrence, pousse la qualité vers le haut.»

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Les pavillons polyvalents imaginés par Bakker & Blanc accueilleront dès l’été 2005 (ou au plus tard 2006) tous les petits commerces installés sur les fameux quais où l’Impératrice Sissi fut poignardée: les stands des vendeurs de glaces et de boissons, mais aussi les magasins de souvenirs, les guichets des Mouettes genevoises, les WC publics et toute autre installation à venir.

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Largement ouverts pendant la journée, avec accès public sur deux façades, ils pourront être refermés la nuit venue comme des carapaces, et déplacés pendant la morte saison. Ces bâtiments resteront propriété de la municipalité, qui les louera aux exploitants.
Consciente que la Rade constitue son meilleur atout touristique, la Ville veut ainsi mettre en fin à l’«anarchitecture» qui caractérise ses quais. Les nouveaux pavillons, avec leur ligne sobre et unifiée, seront souvent placés perpendiculairement à la rive, pour dégager la vue sur l’eau.
Ils seront fabriqués de manière modulaire pour permettre à chaque tenancier d’agencer ou d’agrandir son espace. Mais leur originalité repose surtout sur ce que l’architecte Alexandre Blanc appelle leur «double-peau»: un intérieur fonctionnel en bois rouge et, par dessus, une sorte de carapace en plaques de bronze (le rouge et le bronze rappelleront aussi les couleurs du drapeau genevois).
«Nous avons opté pour le bronze parce que ce matériau évoque l’appartenance au domaine public: il assure une unité de style avec les candélabres en fonte et les statues présentes sur les quais», explique l’architecte Alexandre Blanc.
L’alliage de zinc et de cuivre qui a été choisi présente plusieurs avantage: son prix reste raisonnable; il répond aux exigences durables de l’Agenda 21; et loin de se dénaturer avec les années, il acquiert une noble patine qui doit renforcer le cachet prestigieux de la Rade. Des plaisantins disent déjà que Genève, capitale financière, veut placer des lingots géants sur ses quais…
L’autre aspect important qui figurait dans le cahier des charges concerne la publicité, notamment pour les marques de glaces et de boissons gazeuses. Comment éviter l’aspect criard des parasols sponsorisés? «Nous avons trouvé une solution pour intégrer la publicité dans les pavillons sans les défigurer, dit Alexandre Blanc. Si on a gagné le concours, c’est aussi parce qu’on a bien résolu cet aspect-là.»
L’idée générale est donc d’offrir une unité visuelle à tous ces petits bâtiments installés entre le quai des Pâquis et celui des Eaux-Vives. «Quel que soit le traitement de l’enveloppe intérieure laissée aux exploitants, la couverture extérieure neutre assurera l’unité de l’ensemble», explique Claude Brulhart, designer et chef de projet à la Ville de Genève.
Sur la rive droite, les pavillons occuperont les quais-bas, qui seront préalablement débarassés des places de parking. Les promeneurs et clients des terrasses se trouveront donc plus près de l’eau.
Pour autant que le Conseil municipal vote le crédit de 3 millions lié au projet, ce sont au total une vingtaine de pavillons (prix moyen: 90’000 francs, auquel il faut ajouter 50’000 francs pour une terrasse) qui pourront être installés dès l’année prochaine. Tout porte à croire que, sur les rives genevoises, les parasols publicitaires vivent leur dernier été.
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Une version de cet article de Largeur.com devait paraître dans L’Hebdo du jeudi 8 juillet 2004. Des contraintes d’actualité ont malheureusement empêché sa publication sur papier.