LATITUDES

La canicule est une chienne en chaleur

Depuis quelques semaines, on ne parle que de «canicule». Voici l’histoire rocambolesque de ce mot, qui vous permettra de pimenter vos traditionnelles discussions sur la météo.

C’est la star de l’été. Depuis quelques semaines, elle fait la première page des journaux, elle occupe les conversations d’ascenseur, elle inquiète les agriculteurs et elle fait suer les trois quarts de l’Europe. Je veux parler de la canicule.

Canicule. On utilise ce mot pour dire «période de grande chaleur» sans toujours savoir ce qu’il signifie. Les latinistes traduisent aisément «canicula» par «petite chienne», tout en se demandant ce qu’une vague de chaleur peut bien avoir à faire avec le meilleur ami de l’homme.

Pour comprendre, il faut d’abord effectuer un transfert vers Sirius (d’une manière certes moins radicale que les 74 victimes de la secte du Temple Solaire qui s’étaient donné la mort pour y rejoindre le paradis). On la repère facilement: Sirius est l’étoile la plus brillante du ciel, juste après le Soleil. Son nom signifie d’ailleurs «brûlante», «éblouissante» (du grec seirios).

Elle appartient à la constellation de Canis Major, qui dessine une forme de chien dans le ciel. Et comme elle se situe juste sur la poitrine de l’animal, on lui a donné le surnom de stella canicula, ou étoile du chien.

Vous me voyez venir? Il se trouve que Sirius, alias stella canicula, se lève et se couche avec le Soleil entre le 22 juillet et le 22 août, période de grandes chaleurs. C’est donc tout naturellement qu’on a appelé canicule cette vague de chaud qui survient chaque année à pareille époque. Les anglophones parlent de «dog days».

Dans l’Egypte ancienne, l’apparition de Sirius était très attendue car elle annonçait les crues du Nil (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui car l’axe de la Terre s’est nettement déplacé). Les Egyptiens imaginaient alors que les grandes chaleurs étaient dûes au rayonnement de Sirius qui venait s’ajouter à celui de Soleil.

Aujourd’hui encore, le nom de Sirius donne lieu à d’étranges mythologies. Les enfants l’associent immédiatement à Sirius Black, personnage de la saga de «Harry Potter», alors que leurs grands-parents se souviennent peut-être d’avoir longtemps vu figurer ce nom, Sirius, en première page du Monde: c’était le pseudonyme choisi par Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal, quand il voulait se donner de la hauteur.

On précisera encore que si Sirius est l’étoile la plus brillante du ciel, elle n’est de loin pas la plus lumineuse: elle se trouve simplement plus près que d’autres de la Terre, à 8,5 années-lumière seulement. C’est cette anecdote qui a donné à Hergé l’idée de la canicule dans l’«Etoile mystérieuse». Un album publié juste avant «Le Temple du soleil».