LATITUDES

«Le spectateur s’identifie au skieur, comme dans un jeu vidéo»

Champion du ski extrême, le Neuchâtelois Dominique Perret finance ses expéditions en produisant des films. Sa dernière production, Origin, sera diffusée prochainement sur M6.

Il a été élu «meilleur freerider du siècle» par la presse spécialisée. Devenu un modèle pour une génération de skieurs, Dominique Perret, 40 ans, deux enfants, n’est pas étranger à l’impressionnant regain de popularité du ski par rapport au snowboard. Sur les pistes suisses, on évalue désormais à seulement 20% la proportion de boarders, contre plus de 40% il y a quelques années. «Pendant longtemps, les constructeurs de skis ont tout focalisé sur les compétitions, laissant au surf l’image de liberté, de jeu. En se réappropriant le freeride, le ski a logiquement repris du gallon», analyse-t-il.

Grâce à ses nombreux films, diffusés dans le monde entier, Dominique Perret contribue activement à la popularité du freeride, qui entraîne la mode et la technologie dans son sillage. Ce skieur de l’extrême fonctionne comme un homme-orchestre: afin de vivre de sa passion de la montagne, il réalise et produit des films à travers sa propre maison de production, Vertical Zoo. Par ailleurs, Dominique Perret a suivi une formation d’ingénieur en matériaux et, après avoir travaillé pour le fabricant de chaussures Lange, a monté son propre atelier d’ingénierie du sport, Thema Engineering. Son bureau travaille en collaboration avec les skis Stöckli, mais aussi avec des fabricants de chaussures, de bâtons ou de vêtements de sport.

Pour son dernier film, Origin, Thema Engineering a développé un système révolutionnaire permettant de positionner une caméra embarquée en hauteur, en dessus du skieur. «Le spectateurs s’identifie au skieur et partage ses sensations visuelles, explique Dominique Perret. Un peu comme dans un jeu vidéo.» Plusieurs chaînes, dont M6, Eurosport et vraisemblablement la TSR, le diffuseront prochainement.

Quel est le budget d’un film comme «Origin»?

Entre 180 000 et 250 000 francs, tout compris: déplacements, héliportage, droits musicaux, un caméraman, un photographe et un guide. Onze sponsors financent l’opération. Ils ont ensuite le droit de réutiliser les photos et les extraits du film pour leur promotion, mais nous ne faisons pas de plans de coupe spéciaux pour que leur logo, que je porte sur ma combinaison, soit visible.

Je reste donc très libre dans la réalisation. Nous distribuons le film gratuitement aux chaînes. Et nous réfléchissons à la diffusion sur le net. Je reste propriétaire des images par l’intermédiaire de ma maison de production. J’ai toujours trouvé important de conserver mon indépendance: je veux être aussi libre dans mon business que quand je trace à skis.

Comment choisissez-vous les endroits pour le tournage?

Un réseau de passionnés s’échange les bons plans. J’aime bien choisir des massifs encore jamais skiés comme celui du film Origin, qui se trouve au Canada, entre la Colombie-Britannique et l’Alaska. Nous y allons quelques jours avant le tournage pour tester les conditions, mais nous n’avons pas le temps d’effectuer de vrais repérages. On improvise donc, progressivement, en commençant par les montagnes les moins difficiles. Le prochain film sera tourné en Inde, au mois de mars.

Vous représentez un modèle pour tous les freeriders. Pourquoi ne portez-vous pas de casque?

Ceux qui s’équipent de casque et de coques en plastique tout autour du corps pour éviter la casse, je les trouve ridicules. En plus, cette mode américaine est dangereuse: les traumatismes crâniens sont négligeables dans ce sport, et le casque isole le skieur dans une bulle qui l’empêche d’entendre son environnement, y compris les plaques qui peuvent décrocher derrière lui.

Le freerider intelligent doit se protéger différemment, en faisant attention de ne pas descendre n’importe où, et surtout n’importe quand. Le danger numéro un, c’est le stress qui vous fait vous aventurer dans certains coins au mauvais moment. La montagne a ses règles qu’il faut respecter, et il ne faut jamais hésiter à redescendre si les conditions sont mauvaises.

J’ai montré l’exemple dans l’expédition pour l’Everest avec Jean Troillet: après deux ans ans de préparation, trois mois d’expédition, trois tentatives et quarante heures de marche, on a fait demi-tour à 300 mètres du sommet car les conditions n’étaient pas bonnes. Pour revenir au casque: je le recommande pour les enfants sur les pistes, car il est utile en cas de collision.

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Sur www.skier.ch, le site de Dominique Perret, on trouve les dernières infos, y compris les dates de diffusion TV de ses films.

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Une version de cet article de Largeur.com a été publiée le 19 janvier 2003 dans l’hebdomadaire Dimanche.ch.

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