Un mois à peine après sa sortie aux Etats-Unis, «The Phantom Menace» fait déjà l’objet d’un trafic de DVD pirates. Un caporal de l’armée suisse s’est fait pincer récemment: il avait diffusé le film dans une caserne.
C’est un sachet de soupe instantanée thaïlandaise. Il aurait pu s’acheter dans un magasin d’alimentation asiatique, mais s’il trône là, sur le bureau du directeur de l’Association suisse de lutte contre la piraterie (Swiss Anti-Piracy Federation, ou SAFE) à Berne, c’est qu’il ne contient pas de la soupe en poudre «curry chicken», mais un DVD de «Star Wars: The Phantom Menace» dissimulé dans un emballage d’aluminium.

«La qualité de l’image et du son est surprenante», me confie Mathias Basanisi. Le directeur de SAFE a acquis cet exemplaire pour 30 francs suisses (120 francs français) en répondant à une annonce publiée par le journal alémanique «Fundgrueb».
«Ce DVD provient probablement d’un petit trafiquant qui s’approvisionne directement en Thaïlande et qui fait de la revente en Suisse, avance le traqueur de pirates. Dans son lot, on trouvait d’autres films récents, dont « The Matrix ».»
La peine de prison encourue par le vendeur dépend de l’ampleur de son trafic. Elle s’accompagne généralement d’une forte amende. Par contre, la détention d’une copie illégale n’est pas punissable par la loi suisse. L’acheteur ne risque donc rien.
Un mois à peine après sa sortie américaine, «Star Wars: The Phantom Menace» peut déjà revendiquer l’Oscar du film le plus piraté de l’histoire. «Une bobine en 53 mm a même été volée aux Etats-Unis, et des exemplaires en cassette vidéo et en DVD qui provenaient de cette source ont déjà été retrouvés en Asie», raconte Mathias Basanisi.
La Thaïlande et Taïwan constituent les deux plaques tournantes des films piratés. «Le film caché dans le sachet de soupe provient de Bangkok, poursuit l’ancien flic reconverti en chasseur de pirates pour le compte des grandes maisons de production américaines. Sur 23 compagnies qui pressent des DVD en Thaïlande, il y en a certainement au moins une qui est corrompue. On voit bien que c’est un travail de pro, effectué sur du matériel de qualité. Ces entreprises produisent des dizaines de milliers d’exemplaires qui sont ensuite distribués dans le monde entier par différentes filières.»
Il existe trois techniques pour effectuer des copies illégales d’un film récent. La méthode tranquille consiste à se munir d’une petite caméra digitale et de filmer discrètement l’écran de cinéma depuis le milieu de la salle. Le son est enregistré avec les commentaires des spectateurs et le crissement des paquets de popcorn. C’est la même technique qui s’utilise pour le piratage de concerts.
La deuxième technique suppose une complicité de l’opérateur. Dans la cabine, un petit moniteur est branché sur le projecteur pour le contrôle du défilement de la bande. Le pirate branche un magnéto sur la sortie vidéo de ce moniteur, qui possède parfois aussi une sortie son (dans le cas contraire, l’enregistrement sonore se fait dans la salle avant d’être monté sur la copie définitive). En fonction du projecteur et du magnetoscope utilisés, cette technique peut produire des copies d’excellente qualité.
La dernière technique est la plus rare, mais la plus professionnelle. Le pirate se procure la bobine originale du film grâce à la complicité d’un dirigeant de salle ou en la volant. Il peut alors utiliser un système de lecture laser spécialisé pour la numérisation des bobines. Ce sont ces mêmes appareils que les studios utilisent pour la fabrication de cassettes ou de DVD. Le résultat est donc parfait.
Le marché de la copie est devenu si rentable que les pirates peuvent désormais acquérir les moyens techniques les plus perfectionnés.
Il y a deux semaines, un caporal de l’armée suisse a été dénoncé pour avoir présenté «Star Wars: The Phantom Menace» à ses compagnons d’arme dans une chambre de caserne. «Cet acte est déjà considéré comme une diffusion publique. Nous allons donc porter plainte pour le principe, pour montrer que nous prenons le problème au sérieux, sourit Matthias Basanisi. Mais il s’en tirera sans doute avec quelques jours de prison avec sursis.»
