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Mal de dos : les Suisses de plus en plus touchés

Un Suisse sur deux souffre de douleurs dorsales. Un chiffre à la hausse malgré une prévention élevée.

Considéré comme une maladie de société, le mal de dos progresse en Suisse et touche tous les âges. Selon le nouveau rapport sur le dos de la Ligue suisse contre le rhumatisme, 50% des personnes interrogées déclarent avoir mal au dos plusieurs fois par semaine ou par mois en 2020, contre 39% lors de l’enquête de 2011. Chez les jeunes entre 16 et 29 ans, ce chiffre monte à 57%. Les douleurs sont vraisemblablement liées à certains mouvements ou à des postures prolongées, mais peuvent aussi cacher des problèmes psychosociaux comme le stress ou des angoisses, qui jouent un rôle important dans les douleurs chroniques.

Les douleurs dorsales affectent négativement la vie des personnes concernées, en particulier le sommeil. En outre, une personne sur quatre se dit gênée dans son activité professionnelle. Sur le plan économique, les maux de dos ont un coût direct : sur les douze derniers mois, les personnes atteintes ont déboursé en moyenne 524 francs pour les médicaments et le traitement ambulatoire. Des frais non remboursés par l’assurance maladie et qui sont encore plus élevés pour les personnes souffrant de douleurs chroniques. Quant aux pertes de production causées par les arrêts de travail ou les départs anticipés à la retraite, elles s’élèveraient à près de 4940 francs par an et par patient.

La prévention ne fait pas tout

Les Suisses sont actifs sur le plan de la prévention : environ 80% des personnes font attention à leur posture, pratiquent une activité physique régulière et évitent de porter des charges excessives. Paradoxalement, le mal de dos progresse. « Il n’y a pas de preuve nette d’efficacité de la prévention sur les douleurs dorsales », explique le Dr Guillaume Muff, chef de clinique à l’Unité de médecine physique et réhabilitation du CHUV. « Ce sont plutôt des recommandations empiriques, qui restent utiles et sont à appliquer. » Des spécialistes rappellent aussi que les longues phases de station assise, six heures par jour en moyenne, ne peuvent pas être compensées par une séance de sport le soir. Il est donc recommandé de les interrompre régulièrement pendant quelques minutes toutes les trente à soixante minutes.

La prévention mise en place par l’employeur sur le lieu de travail est tout aussi importante et même prévue par la loi. Pourtant, près de la moitié des personnes interrogées indiquent qu’aucune mesure de prévention ou d’atténuation des douleurs dorsales n’est proposée. Les Romands sont d’ailleurs presque deux fois moins nombreux que les Alémaniques à disposer d’équipements de travail ergonomiques, et les personnes exerçant un métier physique quatre fois moins nombreuses que celles ayant une activité plutôt assise.

Parmi les personnes souffrant de douleurs dorsales, 21% déclarent ne rien faire et souffrent en silence. « Le repos strict au lit n’est plus indiqué. Il faut rester actif et poursuivre ses activités quotidiennes, dans la mesure de ce que la douleur nous permet de faire », ajoute Guillaume Muff. Bouger lors de maux de dos est une mesure davantage appliquée en Suisse alémanique qu’en Suisse romande (24% contre 14%). À l’opposé, les Romands se ménagent davantage et prennent plus souvent des analgésiques. Dans ce dernier cas, les spécialistes conseillent la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens. Le rapport soulève enfin que les personnes consultent moins leur médecin qu’en 2011 et surtout qu’elles ne connaissent pas les signes qui doivent alerter : seuls 26% consultent en cas de fourmillements dans les bras ou les jambes, 13% en cas de fièvre et 6% pour une perte de poids. Signe que les campagnes de prévention et de sensibilisation au mal de dos doivent continuer.

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Une version de cet article réalisé par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 22).

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