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Télémédecine : la crise sanitaire accélère la transformation digitale

L’entreprise bâloise Medgate a enregistré une forte croissance de son activité ces derniers mois. Sur fond de pandémie, son offre séduit autant les patients que les caisses maladie.

E-santé Medgate a très tôt parié sur la transformation du monde de la santé. « Nos fondateurs ont compris que les patients n’étaient plus prêts à attendre un conseil ou un traitement médical », explique Céline Klauser, porte-parole de l’entreprise créée en 1999. D’où l’idée d’une relation à distance entre soignants et patients, d’abord par téléphone puis plus tard en vidéo ou via une application mobile. Depuis la Medgate Tele Clinic de Bâle, que l’entreprise présente comme le plus grand centre de télémédecine d’Europe, « Medgate offre aux gens un accès permanent à un médecin, où qu’ils se trouvent. Dans la moitié des cas, nos équipes peuvent traiter leurs patients sans qu’une visite au cabinet ne soit nécessaire », résume Céline Klauser.

De quoi désengorger les salles d’attente en dématérialisant une partie des 21,1 millions de consultations recensées chaque année en Suisse. Le service vise aussi à réduire le coût des soins. Une dimension qui n’a pas échappé à la vingtaine de caisses maladie partenaires, séduites par ces prises en charge moins onéreuses : en moyenne, une consultation via Medgate revient à 50 francs. Pour inciter leurs assurés à adopter la télémédecine, les caisses accordent des réductions sur les primes qui peuvent aller jusqu’à 20%.

L’espoir des capteurs intelligents

Avec 320 collaborateurs dont une centaine de médecins, Medgate fait aujourd’hui figure de leader incontesté de ce marché en Suisse, loin devant son dauphin bernois Medi24. Reste à savoir si cette croissance peut s’installer dans la durée. Au niveau mondial, tous les signaux sont au vert. Dans une étude de 2019, le cabinet américain Frost & Sullivan faisait de la télémédecine un pilier de l’essor de l’e-santé, avec une croissance de 35,5% en 2019, avant même l’explosion d’une pandémie qui a pointé les atouts de la médecine à distance, capable de réduire le risque de contagion.

Medgate garde le silence sur son chiffre d’affaires, mais l’entreprise indique une hausse de 20% de ses consultations à distance depuis le début de la crise. À long terme, elle compte bien bénéficier des percées de la medtech : « L’intégration de capteurs dans l’application Medgate pourrait permettre de développer les traitements à domicile », remarque Céline Klauser. D’autant que le contexte helvétique y est propice : dans une étude publiée l’année passée, l’Agence française de la santé numérique comparaît la situation de 11 pays. Avec une population dont le taux d’équipement en smartphones dépasse les 130%, la Suisse se classe parmi les pays les mieux préparés pour passer à l’ère de l’e-santé, avec Singapour et la Norvège.

Une inconnue demeure : l’avenir du dossier électronique du patient (DEP), dont Medgate attend beaucoup. « Les différents prestataires médicaux ont encore des réticences à échanger des informations. Avec le DEP, la télémédecine pourra s’intégrer encore mieux dans les chaînes de traitement. » Mais cela reste de la musique d’avenir : en juillet dernier, l’Office fédéral de la santé publique a reporté le lancement du DEP au printemps 2021. Ce qui n’empêche pas Medgate de voir loin : l’entreprise espère se développer dans le domaine des services médicaux d’urgence par téléphone. Une mission qu’elle assure déjà dans le canton de Fribourg.

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Une version de cet article réalisé par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 21).

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