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A propos de «About a boy»

Comme «Le Journal de Bridget Jones» brossait le portrait d’une trentenaire célibataire enrobée et insatisfaite, «About a boy» fignole celui d’un single indolent, égoïste et grand consommateur de biens culturels (essentiellement, les jeux télé et les films d’horreur), à l’approche d’une quarantaine qu’il assume moyennement.

Pour défendre sa position de célibataire heureux de le rester, Will prétend être une île, de préférence Ibiza: on peut le visiter mais personne ne s’installe. Ses journées oisives sont découpées en unités de trente minutes, un tempo qui correspond à son tempérament de surfeur, vite curieux et vite ennuyé.

Ce fils à papa (il vit des royalties d’un tube planétaire composé par son père) qui s’invente un fils imaginaire pour draguer des mères célibataires – plus faciles à larguer -, ce goujat cool qui juge ses contemporains à la qualité de leur matériel audiovisuel, ce Peter Pan mondain et superficiel apprendra pourtant à devenir adulte au contact de Marcus, un petit garçon de douze ans qui souffre de son état d’enfant, et qui doit veiller sur sa mère, Fiona, une vieille hippie végétarienne submergée par le mal de vivre.

On imagine sans peine l’usage que la presse magazine pourrait faire du personnage incarné par Hugh Grant et imaginé par l’écrivain Nick Hornby. On voit déjà les titres que le comportement de Will pourrait inspirer: «Peut-on rester oisif toute sa vie?»; «Quand devient-on adulte?»; «Pourriez-vous tomber amoureuse de Will?»; «Tester votre Q.A (quotient d’adoption)» etc. Le film vaut mieux que cela, ne serait-ce que par la parfaite adéquation entre Hugh Grant et son personnage de flirteur immature, dont les pensées intimes, révélées en voix off, constituent un des ressorts comiques du film.

Quand on dit Hugh Grant, on pense coiffure bouffante et belle mèche indiscipliné, laquée sur des yeux bleus froissés par 41 ans de sourires. Et bien, on oublie! Pour être crédible en gentil méchant garçon, Hugh Grant a coupé ses cheveux. Une révolution capillaire qui annonce une révolution intime? Il ne faut rien exagérer.

«Ce n’est pas la première fois que je me coupe les cheveux, mais à chaque fois je ressemblais à une lesbienne. Là, il me semble que c’est assez réussi», déclarait le comédien anglais à l’hebdomadaire «Construire». Sa nouvelle coiffure, qui lui illumine le front, est d’ailleurs prétexte à une scène auto-ironique d’une savoureuse futilité dans «About a boy», où il fait croire qu’il est très occupé à tondre le gazon alors qu’il se fait effiler les cheveux au rasoir électrique.

Donc, Hugh Grant est formidable. Il joue Will comme une sorte d’Oscar Wilde de sitcom, avec un humour permanent sur lui-même. Face à lui, il y a Nicholas Hoult, irrésistible avec sa mine de gamin halluciné et triste, sa coupe de cheveux «champignon de Paris» et son bonnet de flûtiste péruvien qui lui donne des airs de bouc émissaire dans South Park. Il sait qu’il est la risée de ses petits camarades avec cette coiffe multicolore mais il la porte quand même parce qu’il veut faire plaisir à sa maman qu’il adore (émouvante Toni Collette) et qui, elle aussi, porte de drôles de chapeaux.

Cette solidarité dans l’extravagance, cette reconnaissance du même par le ridicule, n’est pas seulement un détail pour faire rire, c’est aussi une belle manière de crédibiliser la relation de cette mère qui pleure dès le matin et de son enfant qui passe son temps à la consoler. Pour un peu, on croirait à leur consanguinité.

C’est ici qu’il faut reconnaître aux frères Weitz une délicatesse et un goût des autres qui ne manquera pas de surprendre quand on sait que ce sont les mêmes qui ont réalisé «American Pie». Dans «About a boy», comédie de mœurs autant que d’initiation, les frangins savent alterner scènes comiques et séquences tendres, sans jamais tomber dans la mièvrerie ou la caricature. Mieux, ils réussissent dans le cadre d’un scénario qui réserve de vraies surprises à développer un discours généreux sur quelques thèmes contemporains: la responsabilité familiale, la peur du vide, la solitude matérielle, l’adoption, le besoin d’être plusieurs pour être plus forts: «un couple, ce n’est pas assez; il lui faut du renfort», dit le petit Marcus.

Tous les personnages de «About a boy» remportent une victoire sur eux-mêmes. Mais cette victoire n’est pas le fruit d’une métamorphose spectaculaire. Pour y arriver, ils ne changent ni de nature, ni de look. Marcus reste ce petit garçon plus mûr que son âge; il conserve son immonde coiffure, le bonnet qui va avec et ses habits en laine non dégrossie. Tout comme sa mère qui veut bien faire la concession d’un MacDo ethnologique mais qui persiste dans ses goûts végétariens et ses dépressions existentielles.

Will non plus ne change pas; il ne se met pas tout à coup à travailler et à ne plus mentir, persiste dans sa coupe de cheveux sculptée au gel et s’amuse toujours autant à regarder «Qui veut gagner des millions?». La différence? Il se voulait île, il est devenu archipel, voilà tout. Il n’y a aucune aspiration à la normalité dans «About a boy», chacun s’arrange pour être un peu plus heureux et trouver sa place au sein d’une famille improvisée qui vous la donne en retour. C’est simple et ça fait du bien.

Beau mariage entre le divertissement tout public américain et l’esprit désinvolte anglais (plus la loufoquerie australienne amenée par Toni Collette), «About a boy» est une comédie adorable. Elle valait bien qu’Hugh Grant sacrifie sa mèche pour elle.