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Andreas Münzer, une éducation à l’ombre des Alpes

Le Zurichois Andreas Münzner, 35 ans, est en train de réaliser le rêve de tout jeune écrivain: publier son premier livre chez un éditeur renommé, et recevoir dans la foulée un prix littéraire.

Son roman, «Die Höhe der Alpen» («La Hauteur des Alpes»), est paru en juillet chez le prestigieux éditeur berlinois Rowohlt. A peine sorti de presses, il a été salué par le Prix Jürgen Ponto Stiftung. Ce succès devrait rapidement attirer l’attention d’un éditeur francophone.

Le parcours de Münzner n’est pas sans rappeler celui de la Bâloise Zoé Jenny, qui avait reçu le même prix pour son best-seller «La chambre des pollens». Les deux auteurs ont su trouver les mots pour raconter l’univers de leur enfance et adolescence.

Née de parents divorcés, la première a rédigé le réquisitoire de la génération techno contre celle des soixante-huitards trop permissifs. A l’opposé, le second, ingénieur électronicien diplômé de l’EPFZ, a placé son narrateur dans un cadre familial très normatif: père dictateur, mère effacée, un frère cadet, une maison minutieusement entretenue dans l’agglomération d’une ville qui pourrait bien être Zürich.

J’ai savouré la lecture du roman de Münzner. Son récit initiatique, situé dans la République des Alpes qu’est la Suisse, remplace avantageusement un traité de sociologie consacré aux années 70.

Car Münzner, c’est un regard acéré qui scrute chaque geste. Sous sa plume, l’appréhension de la banalité se mue en questionnement philosophique. L’adolescent subit les interdits et les étranges cérémonies organisée par son père. Il oscille entre soumission et rébellion aussitôt étouffée. Sans jamais jeter l’anathème, le héros, qui ne porte pas de prénom, réussit à partager ses états d’âme avec le lecteur.

Des exemples? Le repas familial avec ses accents tragi-comiques. Mains sur la table, on mange, sans jamais oser se régaler, de la nourriture saine qui ne donne pas le cancer, on se lave immédiatement les dents puis on vient les soumettre au regard du chef de famille… La description de la coupe de cheveux n’est pas triste non plus. Installé dans la baignoire, le jeune homme endure les gestes du père qui conduisent inéluctablement à une coupe hygiénique, ratée, mais néanmoins admirée par la mère.

Et que dire de la sortie dominicale en Mercedes noire, le long du Lac de Walensee, avec en bruit de fond toujours la même cassette de Mozart? «Nous dans notre Mercedes et, dehors, le monde».

Plus émouvant, le véritable rite initiatique que constitue la première sortie en vélo avec le père et ses copains. L’adolescent en bave mais revient fier comme un coq.

Bien décidé à devenir branché, notre jeune homme punaise trois posters d’un chanteur pop dans sa chambre. Quel sacrilège aux yeux du père! Immédiatement, il exige la disparition de ces horreurs et, dans la foulée, rappelle que la porte de la chambre doit demeurer toujours ouverte. Une idée importée d’Amérique où les portes des bureaux ne sont jamais fermées. «C’est tellement plus sympathique. Et puis, on n’a rien à se cacher après tout. J’espère que tu n’as rien à cacher. As-tu quelque chose à cacher?»

Ce ne sont là que quelques exemples d’une série de confrontations à la teneur très glocale, entre la logique d’un adulte et celle d’un adolescent, une éducation à l’ombre des Alpes, «si hautes et si sévères». Des Alpes dont Münzner parle aujourd’hui avec nostalgie, depuis Hambourg où la façade de l’immeuble d’en face constitue son horizon.

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Die Höhe der Alpen

Prix Hermann-Ganz

Prix Jürgen – Ponto Stiftung

«La Chambre des pollens» de Zoé Jenny