C’était à prévoir. A chaque fois qu’un événement important survient quelque part dans le monde, des allumés de l’hypothèse farfelue, spécialistes du dessous des cartes, échafaudent des théories compliquées pour réinterpréter l’histoire à leur manière.
Ainsi Thierry Meyssan, journaliste d’investigation diffusant ses conclusions sur papier et en ligne, hôte de Thierry Ardisson samedi dernier sur France 2 ou encore interviewé par le Nouvel Observateur, est-il en train de défrayer la chronique avec la sortie de son bouquin sur les attentats du 11 septembre 2001, «L’Effroyable imposture», aux éditions Carnot.
N’ayant pas encore lu le livre, je me garderai d’en commenter le contenu. Mais si je prends un seul des éléments développés par Thierry Meyssan, la chute du Boeing sur le Pentagone, je ne puis que m’interroger. Deux fois.
Primo, est-il possible, dans un monde surinformé et ouvert, que la chute d’un avion sur le Pentagone, cœur du dispositif militaire de la plus grande puissance du monde situé en plein centre de sa capitale, soit remise en cause six mois plus tard? Que l’on en arrive à discuter de la réalité ou non de la scène? C’est possible. Et cela en dit long sur notre civilisation et sur la fragilité de ses circuits d’information.
Deuxièmement, est-il vrai que des photos prises à Washington peu après le drame et montrant qu’il n’y avait guère de traces d’un avion ont été diffusées par les agences de presse il y a deux semaines? C’est vrai. Le journal Dimanche.ch (tout comme son concurrent Le Matin) les ont reprises comme un banal élément d’information. Ce qui est plus surprenant, c’est que les démentis attendus tant par les journalistes que par leurs lecteurs ne sont pas arrivés.
Encore une fois, je ne suis pas en situation de me prononcer sur le fond de la question. Je me borne à constater qu’elle est posée, que la polémique ne fait que commencer, et que selon toute vraisemblance, nous n’aurons les réponses que dans vingt ou trente ans.
Que l’affaire des attentats du 11 septembre 2001 soit malsaine, le nombre des victimes et la violence de l’événement suffisent à le prouver. On sait que du côté du pouvoir américain, tout n’est pas très net. Maria-Pia Mascaro l’a prouvé ici-même.
On sait aussi que l’administration Bush a immédiatement déclaré la guerre aux islamistes, Bush parlant ouvertement de croisade. Depuis six mois, l’Occident résonne de bruits de bottes, de grincements de chars, de sifflements de missiles. Mais au-delà du bruitage et des jeux de manche, il ne se passe rien. Il n’y a pas de guerre. Car il est impossible d’identifier l’ennemi.
Les Etats-Unis font leur possible pour chauffer l’Afghanistan, mais il y a peu de répondant en face. Ils ont proclamé leur hantise de l’axe du mal sans convaincre grand monde. Ils cherchent noise à l’Irak, mais personne ne veut recommencer la guerre du golfe. Les temps sont vraiment bizarres.
Bush lui-même a annoncé au lendemain du 11 septembre que la guerre serait longue, qu’une partie en serait connue, mais une autre secrète. Prenons l’anthrax. Pendant des semaines, Américains et Européens ont semé la peur panique du bioterrorisme, puis, soudain, pfuit!, l’anthrax fait trois petits tours et disparaît. Dans un laboratoire militaire américain, dit-on.
Tout cela est très inquiétant. Mais ce qui me semble encore plus préoccupant, c’est le silence des Américains démocrates (au sens large). Comment expliquer la chape de plomb qui semble leur être tombée sur la tête? Ils sont des dizaines de millions répartis dans toutes les couches de la société. Or pour le moment, nous n’avons guère eu que l’écho de la prise de position du philosophe Michael Walzer et de ses amis prônant le droit de l’Amérique à l’autodéfense dans un texte affligeant de bondieuserie.
Voilà l’enjeu du débat d’aujourd’hui: comment expliquer que Bush et ses va-t-en-guerre d’extrême-droite (Cheney, Rumsfeld, Ashcroft, Rice) puissent terroriser la planète entière sans que personne en Amérique ne s’en inquiète? Je crois pourtant me souvenir que les démocrates (au sens étroit) ont obtenu la majorité des suffrages populaires lors de la présidentielle de l’automne 2000.