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La voix de la cathédrale

Renato Hausler est le guet titulaire de la cathédrale de Lausanne depuis dix-sept ans. Du haut de la tour, il crie les heures aux habitants. Entre chaque pause, il donne du temps à ses passions.

«C’est le guet! Il a sonné 10. Il a sonné 10!» Le cri du guet de la cathédrale résonne en contrebas de la tour de la cathédrale. Coiffé d’un chapeau noir et muni d’une lanterne, Renato Häusler s’arrête à chaque face de la tour du beffroi. Il marque une pause, regarde devant lui, puis annonce les heures de 22h à 2h du matin. Ce rituel, il le pratique depuis 1987 en tant que remplaçant et depuis 2002 comme titulaire de la fonction.

Lorsqu’il est installé dans une petite loge située sous les cloches, il profite des moments en solitaire en écoutant de la musique classique ou des émissions sur l’histoire. L’homme est féru d’histoire et s’intéresse principalement à l’humain. Cela tombe bien: être guet de la cathédrale de Lausanne signifie être un maillon d’une chaîne vieille de 615 ans. Lausanne est d’ailleurs la seule ville au monde à rémunérer cette fonction séculaire, mais aujourd’hui devenue «folklorique».

Comment devient-on guet de la cathédrale de Lausanne?

Renato Häusler: Lors d’une visite au sommet de la tour du beffroi de la cathédrale avec des élèves, j’ai ressenti une sensation extraordinaire. Mais ce n’est que plus tard, en octobre 1987, que j’ai appris que la Ville recherchait un remplaçant au guet titulaire. À cette époque, il s’agissait de Willy Annen. Mon engagement a été un vrai coup du destin

Vous êtes guet titulaire depuis 2002. Comment le vivez-vous?

J’avais acquis des connaissances sur la cathédrale et sur le travail du guet, mais occuper la fonction m’a fait entrer dans une autre dimension. J’apprécie particulièrement cette sensation d’œuvrer dans la continuité d’une tradition pluriséculaire, et ce, dans un cadre historique. Je suis comme le dernier maillon d’une longue chaîne de 615 ans. De plus, je trouve intéressant d’avoir un métier totalement en décalage avec notre époque, où chaque personne doit fournir une masse de travail le plus vite possible. Au sommet du beffroi, je suis dans une bulle qui est restée suspendue dans le temps. Comme je suis de nature passéiste, cette ambiance et ces sensations me conviennent parfaitement.

Que faites-vous entre les rondes?

Je m’adonne essentiellement à mon autre activité: l’illumination à la bougie. Dans le cadre de Kalalumen, je confectionne des bocaux remplis de cire liquide. J’effectue alors des essais dans la cathédrale, je prépare le matériel, etc. Comme j’ai tout de même accès à Internet, j’apprécie d’écouter de la musique classique ou des émissions historiques ou en lien avec l’origine du monde. Mais par-dessus tout, j’aime être dans le silence. Cette petite loge au sommet du beffroi favorise l’introspection. Le calme qu’elle offre est un véritable bol d’oxygène pour l’esprit.

Avez-vous quelques anecdotes à partager?

Mes histoires préférées concernent la nature. Souvent, une petite chauve-souris vient à ma rencontre. Parfois, je retrouve des martinets transis de froid dans les escaliers. Autres événements marquants: deux orages spectaculaires en 2003 et en 2018. Voir les éléments se déchaîner, les éclairs zébrer le ciel et sentir la cathédrale être battue par les rafales de vent est une expérience extraordinaire.

Quel est votre moment préféré lors des rondes?

J’apprécie les moments de solitude dans la cathédrale, notamment lorsque je m’endors sur la petite couchette de la loge. Mais je pense que mon moment préféré est la montée des 153 marches. Lorsque j’arrive tout en haut de l’escalier, je m’arrête un instant pour admirer la vue qui s’offre à moi. À ce moment-là, je me dis à chaque fois que j’ai une chance incroyable d’être là.

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Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans The Lausanner (no4).