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30 ans de santé: la technologie au cœur de la médecine

Le secteur des soins s’est considérablement transformé ces trois dernières décennies, bouleversé notamment par le numérique et de nouvelles avancées technologiques.

Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans PME Magazine.

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Medtech, biotech, data: ces termes dessinent aujourd’hui le nouveau visage du secteur de la santé. Non plus seulement cantonné aux pratiques hospitalières, ce domaine a vécu ces trente dernières années une profonde métamorphose. Désormais, nouvelles technologies et start-up occupent une place prépondérante dans la pratique médicale. En Suisse, le secteur des sciences de la vie compte aujourd’hui 1’400 entreprises réalisant au total 15,8 milliards de francs de chiffre d’affaires, soit 2,3% du PIB national selon l’association Swiss Medtech Cela en fait une des branches économiques les plus dynamiques du pays.

1 La LAMal bouleverse les pratiques

L’introduction de la loi sur l’assurance maladie (LAMal) en 1996 a largement transformé le système de santé suisse. La législation instaure une obligation universelle de s’assurer contre la maladie. Elle permet de changer librement de caisse, prévoit des primes identiques pour les hommes et les femmes et supprime les cotisations par classes d’âge. Cette nouvelle formule a cependant entrainé une explosion des coûts. Entre 1990 et 2018, le pourcentage du PIB dédié aux frais de santé a plus que doublé, selon l’Office fédéral de la statistique. Le coût moyen de l’assurance maladie de base a quant à lui pratiquement triplé depuis l’introduction de la LAMal.

2 La révolution du numérique

Des smartphone qui mesurent le rythme cardiaque aux lentilles de contact pour le diabète: ces dernières années marquent l’émergence de la mesure de soi, ou «quantified self». «La gestion de ces données concentre un des défis majeurs de la santé de demain, explique Benoît Dubuis, directeur du Campus Biotech à Genève. L’accès à ces données ouvre de nouvelles perspectives allant de la prise en charge des patients à la façon de conduire la recherche. La donnée est au cœur de la transformation du monde médical, et permet la matérialisation de cette médecine dite des quatre ‘P’: prédictive, préventive, personnalisée et participative.»

La médecine basée sur les données permet d’intervenir plus tôt, à l’aide de diagnostics probabilistes personnalisés et de mesures de prévention. Elle vise à donner un traitement aux personnes les plus susceptibles d’y répondre, et promet ainsi une efficacité supérieure et une baisse des coûts globaux de la santé. Cependant le fait d’individualiser les traitements va augmenter leur nombre, avec le risque d’en faire augmenter le prix. Néanmoins, «un traitement curatif même onéreux peut s’avérer in fine moins coûteux qu’un traitement chronique, souligne Benoît Dubuis. C’est d’ailleurs sur cette base que sont fixés les tarifs de nouveaux produits.»

3 Epidémiologie digitale

L’entreprise lausannoise Sophia Genetics utilise les données génomiques, soit les détails de l’ADN pour aider les cliniciens à mieux prendre en charge leurs patients. Leur intelligence artificielle comptabilise déjà plus de 400’000 patients dans sa base de données avec plus de 16’000 profils s’ajoutant chaque mois. «Sur la base de l’analyse des données de plus de 1000 hôpitaux universitaires mis en réseau, notre algorithme d’intelligence artificielle parvient à détecter les mutations génomiques parmi des milliards de données complexes, puis les caractérise selon leur degré de pathogénicité. Dans le cadre du cancer, cette information va servir à déterminer le profil d’une tumeur afin que les médecins puissent trouver la combinaison de traitements qui a le plus fonctionnée sur des patients du même type, détaille Jurgi Camblong, directeur et cofondateur de Sophia Genetics. Plus nous avons d’hôpitaux en réseau, plus l’algorithme devient précis ce qui crée un cercle vertueux et renforce le savoir collectif. Cette médecine basée sur les données permet alors de faire de l’épidémiologie en temps réel.»

4 L’émergence de la Health Valley

«Depuis son avènement au début des années 2000, le domaine des sciences de la vie dans en Suisse romande a vu convergé les biotechnologies, l’informatique, la medtech, les micro- et nano-technologies, en apportant ainsi de nouveaux outils au monde médical, analyse Benoît Dubuis, directeur de Campus Biotech. Cette interface multidisciplinaire s’avère aujourd’hui incroyablement prometteuse et permet d’aller au-delà de la médecine telle que nous la connaissons pour aborder la question de la santé de façon bien plus holistique, ce qui n’a pas échappé aux entrepreneurs suisses pionniers dans de nombreux domaines.» Cet écosystème d’entreprises de Suisse romande, baptisé «Health Valley» en référence à la Silicon Valley californienne, fait partie des trois plus importants centres de recherche européen du secteur, avec les régions anglaises d’Oxford et de Cambridge. En 2018, 534 millions de francs ont été investis dans les start-up de la Health Valley, avec plus de 15 entreprises créées chaque année depuis 2010.

La Suisse se distingue aujourd’hui comme un cluster des technologies médicales. Les start-up s’imposent, soutenues par des incubateurs comme Eclosion, Fongit, MassChallenge ou Innosquare. Des fonds de capital-risque émergent, à l’instar de NanoDimension ou Medixci afin de soutenir leur croissance. Le secteur de la biotechnologie suisse est en pleine croissance: le chiffre d’affaire du secteur a augmenté de 6% en 2018 en comparaison à 2017. Le nombre de collaborateurs a quant à lui augmenté de 4% selon l’association du secteur Swiss Biotech. 94% des fabricants de biotechnologies travaillent en coopération avec des hôpitaux, des universités ou des entreprises du secteur pharmaceutique ou d’ingénierie. «L’interdisciplinarité et les coopérations entre les secteurs représente l’avenir de la santé», estime Jurgi Camblong de Sophia Genetics qui vient par ailleurs d’engager un partenariat prometteur avec l’entreprise vaudoise de biopharmaceutique ADC Therapeutics.