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Regula Rytz, la Winkelried verte

La candidature, mathématiquement justifiée, de la présidente des Verts au Conseil fédéral rencontre l’hostilité d’un microcosme accro à la formule magique. La Bernoise coche pourtant pas mal de cases.

Évidemment, cette femme n’a pas une tête de kamikaze. Pourtant la candidature de la présidente des Verts Regula Rytz au Conseil fédéral résonne déjà, à peine annoncée, comme une mission impossible. Tant les accros de la formule magique semblent décidés à l’empêcher d’entrer dans le grand chaudron gouvernemental, malgré la victoire électorale évidente de son parti.

Cela tombe bien, la Bernoise semble goûter les quadratures du cercle. Comme se rendre lors de la Fête nationale dans une commune rurale zurichoise – Birmensdorf – où l’UDC pèse 37% (contre 5% aux Verts) et «proposer des idées de gauche sans que les gens claquent aussitôt la porte».

Il faut dire que jusqu’ici tout lui a réussi – hormis sa défaite au Conseil des États – si l’on considère son parcours rectiligne: enseignante au primaire, secrétaire syndicale, membre du conseil communal bernois, conseillère national et présidente de parti.

A ce dernier poste, elle avait promis, après la débâcle de 2015 où les Verts avaient perdu 4 sièges au Conseil national et un au Conseil des Etats, de redresser le parti en le rapprochant d’une population qui paraissait avoir d’autres préoccupations que l’environnement. Un des moyens choisis – le recours accru à la démocratie directe – ne semble pas porter des fruits extraordinaires: trois initiatives populaires sont lancées, pour trois échecs.

Mais air du temps et crise climatique oblige – avec par exemple une marche pour le climat réunissant 100’000 personnes dans les rues de Berne – la plupart des sections cantonales voient affluer de nouveaux membres, préfiguration au triomphe du 20 octobre dernier, dont personne en réalité ne sait trop s’il faut vraiment le mettre au crédit de Regula Rytz. Même si elle passe pour une très grosse bosseuse qui maîtrise ses dossiers jusque dans les détails.

A ce sujet, elle parle déjà comme une conseillère fédérale, vous savez, ces grands insomniaques qui nous gouvernement. Elle confesse dans la Wochenzeitung que quand elle se couche à une heure le dimanche soir et se lève à six heures le lendemain matin, elle se demande parfois «si c’est bon pour la santé». Il se dit aussi, parmi ses proches, qu’elle serait moins une Verte pure et dure qu’un authentique animal politique.

Originaire de Thoune, issue d’un «milieu petits bourgeois dans le monde bernois des affaires où chacun se connait» – son grand-père radical dirigeait une fabrique de meubles rembourrés – Regula Rytz affirme devoir beaucoup à sa mère originaire de Silésie et fondatrice d’une section locale du PS. Elle se souvient avoir vu défiler dans la maison familiale aussi bien des dissidents est-allemands que des réfugiés chiliens.

Le 20 octobre, a connu aussi, outre une vague verte, une forte progression des femmes au parlement. Cela tombe bien aussi: le féminisme actif, Regula Rytz le pratique dès ses années d’université, avec un travail sur les femmes dans l’industrie horlogère mais aussi la participation à un mouvement de protestation contre les images sexistes ornant la salle du Conseil de l’Université. Elle s’est d’ailleurs dûment montrée à la grève du 14 juin, vêtue d’un chemisier violet et d’une ceinture de suffragette. De cette grève elle dira plus tard que c’était «une éruption».

Tout cela fait-il une conseillère fédérale? Au petit jeu du pouvoir et du donnant-donnant en usage sous la Coupole, ses chances paraissent très minces. Pas de quoi freiner l’animal: «En tant que femme minoritaire, disait-elle déjà à propos de son job à l’exécutif bernois, il faut éviter la tentation de s’endurcir et plutôt avancer joyeusement vers l’avenir». Recalée le 11 décembre, elle pourra toujours adopter l’amertume de Winkelried dans la vieille blague et en vouloir aux salauds qui l’ont poussée.