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societeLUNDI 13 JUIN 2011
Un nouveau syndrome: le Fomo, ou Fear Of Missing Out
Eprouvez-vous la crainte d’être passé à côté de quelque chose d’important? Les réseaux sociaux seraient à l’origine de ce syndrome Fomo. Et si vous étiez concerné?
Par Geneviève Grimm-Gobat

Elle est longue, la liste des options à prendre au fil d’une journée. «Ai-je fait le bon choix en me rendant à cette soirée, en achetant ce gadget, en optant pour des vacances organisées, en vivant en banlieue, en ne changeant pas de partenaire?» Un tel questionnement peut ne plus vous lâcher, vous poursuivre, vous torturer même.

Pourquoi cette remise en question de décisions sur lesquelles, il y a quelques années encore, vous ne seriez pas revenu? La faute en incomberait aux nouvelles technologies. Ainsi, un simple SMS peut ternir une soirée en vous informant qu’à telle autre (à laquelle on constate que l’on n’était d’ailleurs pas invité!), on semble s’amuser tellement mieux.

Se connecter à la Toile, c’est découvrir que nos «amis» vivent des moments tellement plus intenses que les nôtres. Qu’importe s’ils font de la surenchère: nous en sommes dupes.

«Les autres me donnent l’impression de s’éclater en permanence, alors que moi, franchement, je glandouille», confie Pauline, jeune fille toujours à l’affût des dernières tendances. Une probable victime d’un malaise émergent, aussitôt qualifié de syndrome. Il vient de faire son entrée dans le Urban Dictionary. C’est le Fomo pour Fear Of Missing Out (l’angoisse de manquer quelque chose).

Ce nouveau tourment naît à la pensée que chaque choix nous prive d’une myriade d’autres possibilités, qu’on ferme la porte à ce qui aurait pu s’avérer mieux. Il peut conduire à une forme de paralysie à l’idée de faire le mauvais choix.

Résultat, on passe son temps à délibérer sur les conséquences de telle ou telle option, à déplacer ou annuler au dernier moment un rendez-vous parce que quelque chose de plus «important» s’est présenté. Dans ce contexte socio numérique, on risque de devenir prisonnier de ses propres hésitations.

Censé épanouir l’individu, l’excès de choix semble souvent le perturber. Ainsi, il est préférable d’avoir à choisir entre six sortes de confitures qu’entre vingt-quatre variétés. C’est le résultat d’une expérience menée par Sheena Iyengar sur les effets déstabilisants de la diversité, une thèse qui bouscule bien des habitudes de pensée.

Mis au service de fantasmes de démultiplication, les outils de réseautage en ligne devaient nous permettre de profiter de l’existence à la puissance grand P. Or, rien de tel. Le temps des attentes déçues est là, avec cette impression diffuse de passer à côté, de rater dans tous les domaines.

A l’ère de Facebook et de Twitter, on peut se comparer non seulement à ses amis, collègues ou voisins, mais à des quantités de personnes que l’on ne connaît pas. Des réseaux sociaux, où l’on poste plus volontiers les événements jouissifs de son existence que sa solitude et ses misères.

Le syndrome du «gazon toujours plus vert chez son voisin» (traduit en anglais par «keeping up with the Joneses») laisse place aujourd’hui à celui de Fomo, déjà mis en musique dans le dernier album du chanteur australien Liam Finn.

Parmi les premiers scientifiques à s’exprimer sur cette «pathologie», le Dr Rob Reiner estime que le remède consiste à se déconnecter fréquemment des réseaux sociaux et à vivre le moment présent en compagnie d’amis réels. Bref, à remettre les pieds sur terre.



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