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pathologieJEUDI 18 FÉVRIER 2010
Des thérapies pour «sexo-dépendants»
Après le scandale de la découverte de leurs maîtresses, Tiger Woods ou David Duchovny se font soigner pour leur «dépendance au sexe». Cette pathologie complexe ne se résume pourtant pas à l’infidélité. Explications.
Par Geneviève Ruiz

Le golfeur Tiger Woods, le footballeur John Terry, l’acteur David Duchovny ou encore le président italien Silvio Berlusconi… Ils ont tous, à un moment ou à un autre, été qualifiés de «sexo-dépendants» («sex addicts»). Suite au scandale de la découverte de leurs aventures extraconjugales, Tiger Woods et David Duchovny ont même officiellement annoncé qu’ils suivaient une thérapie pour se guérir de leur vice. Souffrent-ils vraiment d’une pathologie ou est-ce plutôt un subterfuge pour tenter de se disculper face aux médias et aux sponsors? Dans tous les cas, l’addiction au sexe ne se résume pas à l’infidélité et suppose des symptômes clairement définis par les psychologues.

«Qualifier un homme de dépendant au sexe parce qu’il collectionne les maîtresses ressemble à du puritanisme déplacé, considère Alain Valterio, psychologue à Sion. Un véritable dépendant au sexe se masturbe tout seul devant son ordinateur, ou paie des prostituées. C’est un profond insatisfait qui ne se contrôle plus et qui n’a rien d’un séducteur.» Des propos confirmés par Eva Sekera, docteur à la Fondation Phénix à Genève, spécialisée dans le traitement des addictions: «La frontière entre une vie sexuelle normale, même hyperactive, et une addiction au sexe est clairement définie. Une personne devient dépendante lorsqu’elle répète un comportement de façon soutenue sur le long terme, même si les conséquences sont néfastes pour sa santé, son travail ou sa famille. Elle s’autodétruit et se met en danger. Derrière une addiction, nous constatons toujours une grande souffrance psychique.»

Le concept d’addiction sexuelle a été défini pour la première fois en 1975 aux Etats-Unis et est pris au sérieux en Europe depuis une quinzaine d’années. Cette pathologie, qui modifie le fonctionnement de certains neurotransmetteurs dans le cerveau, se situe entre deux formes extrêmes. L’une, proche de l’addiction à l’amour, se caractérise par la répétition forcenée d’aventures sexuelles, le plus souvent avec des prostituées. L’autre rejoint des pratiques ludiques (comme la dépendance aux jeux vidéo ou «cyberaddiction») et se résume fréquemment à la masturbation compulsive.

5% de la population

Selon une étude du Sexual Recovery Institute de Californie, l’addiction au sexe toucherait environ 5% de la population et dans 9 cas sur 10, des hommes. Si le nombre de ses patients a augmenté ces dernières années, Eva Sekera estime que «cette croissance est avant tout due au fait que les gens en parlent davantage et deviennent conscients qu’un comportement d’addiction peut se soigner».

Le traitement d’une dépendance au sexe s’étend de plusieurs mois à plusieurs années. «La guérison est rendue difficile par le fait que l’origine de cette pathologie tient uniquement du ressort psychologique, contrairement à l’alcool ou à la drogue, où on peut intervenir sur la substance», explique Eva Sekera.

Le traitement commence normalement par une psychothérapie. Il peut être complété par une prise de médicaments. «Nous mettons ensuite en place une stratégie pour modifier le comportement du patient, poursuit la spécialiste. Mais cela prend beaucoup de temps et les rechutes sont fréquentes. Dans la majorité des cas, la personne réussit toutefois à se défaire de ses comportements les plus toxiques durant les premiers mois. Lorsque le sujet se trouve sur la voie de la guérison, nous lui conseillons de participer à un groupe de «sexoliques», basé sur le même modèle de soutien que celui des Alcooliques anonymes.»

Tiger Woods va-t-il vraiment se lancer dans une thérapie de plusieurs années? Alain Valterio en doute: «Il s’agit plutôt d’une stratégie de communication du style “Excusez-moi, j’ai déconné, mais ce n’est pas de ma faute, c’est parce que j’ai un problème et que j’ai souffert durant mon enfance…”. Cela n’a rien à avoir avec une addiction au sexe.»
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Une version de cet article est parue dans L’Hebdo.



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