Emilien Bertholet part régulièrement en mer pour effectuer des missions environnementales avec des scientifiques, des artistes et des jeunes en rupture.
«J’ai toujours rêvé de faire du bateau, de vivre sur l’océan. Vers l’âge de 25 ans, l’envie d’aller voir ce qu’il y a de l’autre côté de la mer m’a toutefois rattrapé. Avec un ami, nous avons décidé de retaper un vieux bateau et de partir. C’était en 2011, et je ne suis plus jamais vraiment rentré.
Mes origines valaisannes y sont peut-être pour quelque chose, j’ai toujours été attiré par la neige, le froid, et les explorations polaires me fascinent. Avant d’être engagé pour la mission pluridisciplinaire ‘The Arctic Expedition’ de l’association Pacifique, je m’étais déjà aventuré au Canada et au Groenland avec mon bateau. Le Grand Nord comporte un côté addictif: on se retrouve à la merci des éléments, la nature y est encore préservée. Bien que la région soit très sensible au changement climatique, avec des signes malheureusement déjà visibles, les paysages sont encore très proches de ceux que les navigateurs observaient déjà il y a 500 ans. Pouvoir y retourner, qui plus est dans le cadre d’un engagement professionnel, était une chance incroyable.
Les trois axes de travail de l’association Pacifique que sont l’art, les sciences citoyennes et les jeunes étaient représentés durant la mission. Deux artistes, qui documentaient le voyage au travers de dessins publiés ensuite dans une série d’ouvrages intitulée «Sillages», ainsi que des scientifiques, se trouvaient à bord de notre voilier Que Sera durant tout le trajet. L’expédition s’inscrit en effet dans le programme pionnier Arctic Change, que l’association mène en partenariat avec l’Université de Genève. L’objectif principal consiste à monitorer en permanence les concentrations de gaz à effet de serre dans cette région très sensible aux changements climatiques. De nombreux échantillonnages, des prélèvements d’eau et de planctons, ont par exemple été réalisés. Un jeune nous a également accompagnés pendant la première partie de la traversée. Depuis 20 ans, Pacifique accueille en effet des jeunes en rupture sociale à bord de ses voiliers. Le but consiste à leur permettre de renouer avec une vie active, en les écartant durant un temps d’un environnement négatif.

Actuellement, nous préparons le voilier pour la prochaine mission de l’association en collaboration avec l’Université de Genève. Cette expédition devrait nous emmener pour un tour du monde sur une durée de cinq ans. Les différentes étapes auront pour objectif d’étudier les écosystèmes des mangroves (voir encadré), et notamment de comprendre leur rôle dans le contexte du réchauffement climatique. Ce travail s’inscrit dans la continuité des missions ‘Sailing for Mangroves’ que nous réalisons déjà depuis trois ans en Gambie avec l’Université de Genève, la Swansea University au Royaume-Uni, et le GREAT Institute en Gambie. Les fonds marins sont en effet encore très peu étudiés dans cette région. L’objectif consiste à former des étudiants gambiens et suisses à la recherche scientifique côtière et maritime. À bord de notre voilier ‘Fleur de Passion’, les scientifiques disposent de tous les appareils de mesure nécessaires afin de réaliser des prélèvements d’eau et de sédiments pour évaluer l’état de santé des mangroves.»
Un écosystème essentiel
Les mangroves sont des écosystèmes végétaux présents le long des côtes et des estuaires dans 123 pays tropicaux et subtropicaux. Elles sont principalement constituées de palétuviers, des arbres et des arbustes adaptés à une vie dans les eaux salées et saumâtres (un mélange d’eau douce et de mer). Elles représentent moins de 1% des forêts tropicales mondiales, mais fournissent des biens et des services écosystémiques essentiels pour près de 2,5 milliards de personnes vivant à moins de 100 kilomètres des côtes.
Emilien Bertholet
